Si je vous disais que lundi soir on a dîné avec Martin Dages, certains d’entre vous s’imagineraient immédiatement que je viens de vous donner le nom du guitariste du prochain album de Lionel.

Puisqu’on en parle, je tiens à remercier ici les nombreux soutiens reçus, qui m’ont permis de ne pas céder aux multiples pressions visant de toute part à me désarçonner du principe sur lequel j’ai traversé tête haute et regard droit, comme à cheval, cette longue, trop longue semaine.

Je ne veux rien dire des tentatives de certains qui prétextant d’une proximité avec Lionel se sont misérablement fourvoyés à réclamer un privilège que précisément l’amitié de Lionel leur refuse.

Soyons clairs, et certains commentaires laissés ici publiquement en attestent : des menaces, quelquefois graves, ont été proférées, des chantages affectifs dont j’ai tenté de protéger Lionel tant que j’ai pu, et ce jusqu’à une tentative de suicide en pleine nuit par ingestion massive de petits suisses et de pépins de raisin !!

Tout ça pour quoi ? demanderont éberlués ceux qui n’ont rien suivi des précédentes semaines et que le hasard du Net aura pu égarer par ici, et que donc je salue au passage en les priant toutefois de bien vouloir s’asseoir et d’éviter de m’interrompre.

Eh bien tout ça, chers visiteurs, pour avoir, pour posséder, avant tout le monde, le nom d’un guitariste ! Nom que je m’étais engagé à livrer publiquement aujourd’hui et ici même dans le souci premier de ne justement pas créer de discorde parmi les amis de Lionel ou de désagréable sentiment de favoritisme dans le cœur exigeant et magnanime de son public.

Tout ça me rappelle la pagaille provoquée par la livraison du dernier album de Brel. Afin d’éviter toute spéculation et toute dissonance dans son plan de com, Barclay le producteur avait décidé de livrer le disque dans des caisses en plomb munies d’une ouverture codée. Des coffres-forts en somme. Tel jour à heure dite, midi pile, chaque disquaire reçut par téléphone le code et put ainsi procéder à l’ouverture de son coffre. Le tapage fut tel qu’on jugea le coup de marketing réussi au-delà de tout ce qu’on avait jusque-là imaginé pour la sortie d’un disque, mais aussi totalement indigne de l’artiste Brel.

Pourtant je suis sûr que les spirites pouvant encore demander son avis au défunt Barclay continueront de l’entendre dire outre-tombe son incompréhension et sa bonne foi.

Que les spirites en profitent pour le saluer de ma part et lui dire qu’il a eu bien de la chance dans son épreuve, puisqu’à quelques générations près il aurait pu devoir préparer la sortie du premier album de Lionel Langlais, affaire autrement délicate à gérer si j’en juge à ce qu’a provoqué d’hystérie la simple annonce de l’annonce du nom de son guitariste !!!

Je crains qu’en janvier prochain le coup des caisses en plomb ne se révèle aussi désuet qu’une massue préhistorique dans un foyer moderne.

On a cité Brel, justement, lundi, au cours de ce dîner avec Martin Dages dont je vous parlais en commençant.

Martin Dages est un artiste, chanteur, auteur, compositeur. Que Lionel aime beaucoup. Que vous pouvez aller écouter sur sa page myspace (http://www.myspace.com/martindagessongs) mais surtout qu’il faut aller voir quand il se produit sur scène. Parole de Quentin.

Comme vous, je me suis demandé au début du repas si par hasard le rendez-vous dans un restaurant n’était pas un moyen pour Martin de profiter de la faiblesse de Lionel face à une côte de bœuf, pour tenter de lui extorquer avant tout le monde le nom du guitariste.

Mais non, rien de tout ça. La classe, Martin. Pas un mot du guitariste. En revanche, l’album, oui, on en a parlé.

Martin expliqua à Lionel qu’à son avis il faut différemment chanter selon qu’on est sur scène ou dans un studio. Il lui fit remarquer à ce propos que Lionel avait tendance sur scène à privilégier le texte à la musique. Lionel fit répéter. Martin confirma qu’à son avis Lionel gommait quelque peu la mélodie, tout au moins quelques notes, pour renforcer son interprétation. Ce que quelqu’un comme Brel ne faisait pas. Brel, selon Martin, menait très loin son interprétation et sans pour autant changer la mélodie. Sur ce Martin conseilla à Lionel de se méfier, en studio, de sa tendance à écraser les mélos, car alors la musicalité de l’album risquerait d’en souffrir.

Sur ces mots Lionel stoppa une cuillerée de dessert à deux centimètres de ses lèvres pourtant entr’ouvertes. Signe incontestable que pour lui l’heure était grave. Il jeta un œil sur moi. L’œil me demanda si j’approuvais l’analyse et le conseil de Martin. J’approuvais.

Lionel reposa dans son assiette sa cuillère encore chargée, s’appuya des deux coudes sur la table, s’avança d’un rien des épaules et demanda à Martin de bien vouloir, si c’était possible, expliciter mieux son propos.

Un peu dans la situation de Serrault sous le regard de Ventura dans Garde à Vue, Martin, qui avait été clair, répéta sans se déballonner du tout et quasiment au mot près.

Moi je me disais que je tenais là un grand moment. Et que plus tard, dans vingt ans, on m’écouterait religieusement quand je raconterai ça, Martin Dages et Lionel Langlais à leurs débuts causant musicalité et interprétation.

Je suis d’accord avec Martin. Lionel le sait. Oui, il faudra repenser l’interprétation des chansons. Chanter en studio et chanter sur scène, c’est comme jouer au cinéma ou jouer au théâtre. Ce sont des arts différents, et que le chanteur doit tous deux maîtriser.

A peine sorti du restau, Lionel commençait déjà à y réfléchir et se répétait comme parlant tout seul : « il a raison, Martin, merde il raison ! ».

Moi ? Tranquille. Aussi tranquille que quand je pêchais gamin sur le bord du canal et que je bougeais pas d’un pouce.

D’abord je sais qu’il aura le talent d’être prêt au moment voulu, et puis bon, avec Guillaume Bongiraud au violoncelle et Simon Strauss à la guitare, tout le monde l’entendra, la musicalité de l’album ; tout le monde ; jusqu’aux feuilles des arbres…

Hein ? Le nom du ? guitariste ? Ah ben oui, c’est vrai, je viens de vous le dire… Comme quoi c’était pas la peine d’en faire toute une histoire…

Et tenez, confidence pour confidence, je vous donne même son adresse en prime : www.myspace.com/simonstrauss

Allez, des bises autour de vous et… à la semaine prochaine !

Quentin

P.S

Je vous ai rien dit de la finale régionale Zycmeup. Parce qu’il n’y avait rien à en dire. Enfin si peu… Lionel avait passé le premier tour avec « In extremis », il a tenté le deuxième avec « Ah la vie ! ». Il y a eu un problème avec le son. On entendait très mal la guitare et les paroles étaient un peu noyées dans une réverb excessive. Passons. Lionel ne l’a pas mal pris du tout. Mais simplement parce qu’il n’a pas eu le temps : à peine il était sorti de scène, il s’est aperçu qu’on lui avait piqué son portefeuille avec tous ses papiers, sa carte de crédit et son pognon. Et c’est grâce à son voleur qu’il s’est à peine aperçu qu’il avait loupé la finale. Vous n’êtes pas obligés de lui dire, non plus… Merci pour tous vos votes en tout cas, avec mentions spéciales à Stéphanie et Aurélien !