Si je vous disais la demi-finale...
Par Quentin, dimanche 9 mai 2010 à 12:34 :: Les confidences de Quentin :: #39 :: rss
Si je vous disais la demi-finale ZicMeUp, par première urgence ce serait d’abord pour présenter mes excuses les plus aplaties à ceux qui auraient, à la demande de mon dernier billet et jusqu’au résultat de la course, tout le mardi après-midi suspendu leur respiration.
Par chance aucune victime n’est à déplorer, même si nous devons tout de même signaler une hospitalisation avec placement pour quelques heures en caisson isobare. La victime a pu dès le jeudi rejoindre les siens, sans toutefois les reconnaître puisque affligée de troubles de la mémoire dus à son apnée trop prolongée. Les médecins contactés – nous ne voulons pas le cacher – nous ont aussi fait part de leur crainte quant à la haute probabilité d’une légère « détérioration intellectuelle ». En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que la victime apparaisse au fil des jours touchée d’une débilité assez profonde dans la mesure où, aux dires de tous ses proches, elle était dès avant l’accident déjà notoirement très conne.
Nos regrets sont doubles. D’abord parce l’incontestable performance de la victime, qui a explosé de plusieurs heures le record 2009 d’apnée statique, n’a malheureusement pas pu être homologuée par l'AIDA (Association Internationale pour le Développement de l'Apnée). Ensuite et surtout parce que Lionel n’a pas accédé à la finale ZicMeUp, rendant du coup le sacrifice respiratoire de cette sympathique supportrice totalement vain, limite ridicule.
Comment expliquer cet échec de Lionel ?
Je vous entends d’ici, chères fidèles lectrices et chers fidèles lecteurs, unanimement juger sans pourtant y avoir assisté, que le concours était forcément truqué. D’autres estimeront sans doute que Lionel étant naturellement le seul talentueux dans cette foire, il a dû s’en retrouver tout aussi naturellement et quasi d’office l’éliminé. Et de citer cette authentique anecdote de Charlie Chaplin alors en pleine gloire participant incognito et pour s’amuser à un concours de sosies de Charlot : non seulement personne ne l’avait reconnu, mais il ne gagna pas le concours et de loin !
Chères amies et chers amis, j’ai moi-même, après l’annonce des résultats, cité cette anecdote à Lionel pour le réconforter. Je peux donc facilement vous comprendre.
Il n’en reste pas moins que nous ne devons pas nous contenter de tels expédients psychologiques. Ni non plus proférer des accusations graves sur la probité du jury, l’honnêteté du règlement ou le talent des concurrents. Je vous demande donc une retenue digne de notre artiste, surtout dans la mesure où, patron de ce blog, il est juridiquement responsable des propos qui s’y tiennent…
C’est en voyant Lionel s’éloigner bizarrement – du pas de Charlot – vers son métro, que j’ai pris la décision d’aller réfléchir à deux fois au déroulement de cette demi-finale.
Il me fallait un lieu de silence. Le Sacré-Cœur n’étant pas loin, je résolus de m’y rendre. Nonobstant l’heure tardive, d’en bas les touristes semblaient grappiller les marches pour s’engouffrer dans la basilique comme des fourmis dans un gros gâteau. Le funiculaire en panne, je suis parvenu en haut dans l’état d’un marathonien en bout de course. La bave au menton ajoutée à la rage intérieure prête à déborder du vase d’une journée à la con, les fidèles ont pu croire une sainte colère déboulant : tout ce monde parasite s’envola comme affolés moineaux d’une volière et je me retrouvai presque seul avec les saints, les anges et tout le gratin des intelligences du ciel. Je résolus de leur poser LA question : pourquoi le jury n’avait pas aujourd’hui jugé Lionel Langlais digne de participer à une finale ?
Il me fallut repasser toutes sortes de détails en revue : les votes payants du public sur le site, le classement en résultant et qui s’ajoutait pour moitié à la note du jury, la tenue de Lionel débarquant dans le concours en son costume de scène, la chanson qu’il avait choisie, son interprétation réaliste, les deux jurés indifférents se partageant un paquet de frites…
Comme il faut toujours s’y attendre en ce genre de lieu hautement inspiré, la réponse me tomba abruptement des voûtes pour me parvenir en intime évidence :
— Vous vous êtes trompé de chanson. La chanson gagnante, c’était « Le chat looké matou rappeur ». Tu es un mauvais manager !!!
La sentence était tellement inattendue, imprévue, que j’ai tout de suite quitté l’endroit en me demandant sérieusement si, après tout, les saints, les anges et les célestes intelligences, même réunis en conseil, étaient les mieux avisés en matière de concours de chansons.
Mais la voix intériorisée agissant comme un ver dans une pomme, à peine rentré chez moi j’étais convaincu : j’étais un mauvais manager.
Je mets la télé pour cesser de réfléchir et me divertir de cette inutile culpabilité en tête.
Je tombe sur un reportage qui m’apprend que l’église catholique lance une campagne pour susciter des vocations de prêtre en proposant à des jeunes de prendre Jésus pour « boss ».
J’ai tout de suite écrit à Monseigneur André Vingt-Trois pour lui demander si Lionel pouvait, sans du tout risquer le blasphème, prendre Jésus pour manager !
J’attends la réponse.
Quentin
Par chance aucune victime n’est à déplorer, même si nous devons tout de même signaler une hospitalisation avec placement pour quelques heures en caisson isobare. La victime a pu dès le jeudi rejoindre les siens, sans toutefois les reconnaître puisque affligée de troubles de la mémoire dus à son apnée trop prolongée. Les médecins contactés – nous ne voulons pas le cacher – nous ont aussi fait part de leur crainte quant à la haute probabilité d’une légère « détérioration intellectuelle ». En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que la victime apparaisse au fil des jours touchée d’une débilité assez profonde dans la mesure où, aux dires de tous ses proches, elle était dès avant l’accident déjà notoirement très conne.
Nos regrets sont doubles. D’abord parce l’incontestable performance de la victime, qui a explosé de plusieurs heures le record 2009 d’apnée statique, n’a malheureusement pas pu être homologuée par l'AIDA (Association Internationale pour le Développement de l'Apnée). Ensuite et surtout parce que Lionel n’a pas accédé à la finale ZicMeUp, rendant du coup le sacrifice respiratoire de cette sympathique supportrice totalement vain, limite ridicule.
Comment expliquer cet échec de Lionel ?
Je vous entends d’ici, chères fidèles lectrices et chers fidèles lecteurs, unanimement juger sans pourtant y avoir assisté, que le concours était forcément truqué. D’autres estimeront sans doute que Lionel étant naturellement le seul talentueux dans cette foire, il a dû s’en retrouver tout aussi naturellement et quasi d’office l’éliminé. Et de citer cette authentique anecdote de Charlie Chaplin alors en pleine gloire participant incognito et pour s’amuser à un concours de sosies de Charlot : non seulement personne ne l’avait reconnu, mais il ne gagna pas le concours et de loin !
Chères amies et chers amis, j’ai moi-même, après l’annonce des résultats, cité cette anecdote à Lionel pour le réconforter. Je peux donc facilement vous comprendre.
Il n’en reste pas moins que nous ne devons pas nous contenter de tels expédients psychologiques. Ni non plus proférer des accusations graves sur la probité du jury, l’honnêteté du règlement ou le talent des concurrents. Je vous demande donc une retenue digne de notre artiste, surtout dans la mesure où, patron de ce blog, il est juridiquement responsable des propos qui s’y tiennent…
C’est en voyant Lionel s’éloigner bizarrement – du pas de Charlot – vers son métro, que j’ai pris la décision d’aller réfléchir à deux fois au déroulement de cette demi-finale.
Il me fallait un lieu de silence. Le Sacré-Cœur n’étant pas loin, je résolus de m’y rendre. Nonobstant l’heure tardive, d’en bas les touristes semblaient grappiller les marches pour s’engouffrer dans la basilique comme des fourmis dans un gros gâteau. Le funiculaire en panne, je suis parvenu en haut dans l’état d’un marathonien en bout de course. La bave au menton ajoutée à la rage intérieure prête à déborder du vase d’une journée à la con, les fidèles ont pu croire une sainte colère déboulant : tout ce monde parasite s’envola comme affolés moineaux d’une volière et je me retrouvai presque seul avec les saints, les anges et tout le gratin des intelligences du ciel. Je résolus de leur poser LA question : pourquoi le jury n’avait pas aujourd’hui jugé Lionel Langlais digne de participer à une finale ?
Il me fallut repasser toutes sortes de détails en revue : les votes payants du public sur le site, le classement en résultant et qui s’ajoutait pour moitié à la note du jury, la tenue de Lionel débarquant dans le concours en son costume de scène, la chanson qu’il avait choisie, son interprétation réaliste, les deux jurés indifférents se partageant un paquet de frites…
Comme il faut toujours s’y attendre en ce genre de lieu hautement inspiré, la réponse me tomba abruptement des voûtes pour me parvenir en intime évidence :
— Vous vous êtes trompé de chanson. La chanson gagnante, c’était « Le chat looké matou rappeur ». Tu es un mauvais manager !!!
La sentence était tellement inattendue, imprévue, que j’ai tout de suite quitté l’endroit en me demandant sérieusement si, après tout, les saints, les anges et les célestes intelligences, même réunis en conseil, étaient les mieux avisés en matière de concours de chansons.
Mais la voix intériorisée agissant comme un ver dans une pomme, à peine rentré chez moi j’étais convaincu : j’étais un mauvais manager.
Je mets la télé pour cesser de réfléchir et me divertir de cette inutile culpabilité en tête.
Je tombe sur un reportage qui m’apprend que l’église catholique lance une campagne pour susciter des vocations de prêtre en proposant à des jeunes de prendre Jésus pour « boss ».
J’ai tout de suite écrit à Monseigneur André Vingt-Trois pour lui demander si Lionel pouvait, sans du tout risquer le blasphème, prendre Jésus pour manager !
J’attends la réponse.
Quentin







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