Si je disais aux fans de Lionel Langlais que la première fois que je l’ai vu il avait les cheveux tondus, ils auraient du mal à me croire. C’est pourtant vrai. C’était sur une péniche amarrée en Seine. J’accompagnais un artiste que je coachais à l’époque. La patronne du lieu nous dit : « y’a là un gars qui voudrait chanter deux chansons ». Pas de problème. « mais il a pas de guitare… ». On va lui en prêter une. Il commence mal le gars, je me dis. Je le vois se pointer quelques instants plus tard. Il chante…

Non, désolé, je vais pas vous dire qu’il m’a collé d’emblée la baffe du siècle. D’abord, y avait pas que la guitare qu’était empruntée. Lui aussi. Et pas qu’un peu. Ca tremblait de partout. Il serait passé à la télé, j’aurais fait régler le poste. Ensuite, sur les deux chansons… y en n’a qu’une qui m’a accroché quelque chose dans l’oreille. D’ailleurs il la chante encore aujourd’hui sur scène (tiens, j’en profite pour ouvrir un concours : le premier, la première, qui me dit laquelle c’est, je lui fais avoir une place gratuite, et sur le devant, au prochain concert, parole de Lamotta).

Il n’empêche, et c’est là où il est balèze, le Lionel : il n’était pas question pour moi de quitter la péniche sans aller le voir. Je lui ai dit, je me souviens, que sur les deux, il avait une chanson sympa. J’aurais pu lui dire autre chose d’ailleurs, de se laisser pousser les cheveux par exemple, ou encore de prendre un guitariste s’il n’arrivait pas à se guérir de sa tremblote. Il a voulu savoir qui j’étais, je lui ai laissé une carte, et voilà. On s’est pas parlé cinq minutes.

Si vous êtes là, c’est que vous êtes pas cons, donc vous vous doutez : dans les quelques jours qui ont suivi, il m’a appelé… Et c’est là que j’ai compris. Très vite. D’ailleurs, c’est ma deuxième confidence aujourd’hui : il est pas rare de voir des artistes dès leur tout début sur scène capables de vous la jouer à l’esbroufe et de vous faire prendre leur vessie artistique pour une lanterne de music-hall, mais allez boire un pot avec eux, vous vous retrouvez vite avec des petites personnes boursouflées d’ambitions et de calculs à la virgule près. Le grand, la grande artiste, c’est jamais sur scène qu’on les remarque à leurs débuts, c’est dans la vie. Un grand, une grande artiste, c’est d’abord quelqu’un quelqu’une dont vous vous dites, dont vous sentez qu’ils portent quelque chose d’étrange… et c’est le bon mot… c’est étrange… ils ont quelque chose qui fait qu’ils nous sont un peu étrangers, et qu’on leur semble étrangers…

« C’est qui lui ? Il est lumineux ! » C’est souvent ce que m’ont dit des amis me croisant avec lui pour la première fois. Une lumière, c’est ça, son étrangeté à lui…

Parce que je suis dans son ombre, il a voulu absolument me laisser une place sur ce blog. J’ai dit d’accord, mais à une condition : je dis ce que je veux !

Ce que je veux, c’est vous faire des confidences. Chaque fois que j’aurai envie. Plusieurs fois par semaine peut-être. Par exemple, bientôt, si ça se trouve, je vous dirai ce que Lionel pense de Bénabar, si Lionel est de droite ou de gauche, s’il aime les brocolis, ce qu’Aznavour pense de lui…

Attention, ce sont des confidences que je vous fais là. Merci de ne pas les répéter. Pas à n’importe qui en tout cas.

Et, confidences pour confidences, vous pouvez vous aussi, je m’y engage, dire ici ce que vous pensez, faire des remarques, me poser des questions, j’y répondrai à ma façon.

Quentin