Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*...

Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*, il me faudrait avant tout prévenir les âmes sensibles et les esprits anxieux : nous entrons dans un univers très à part, comme un monde déboussolé, qui aurait perdu le nord, où les objets tomberaient en l’air et les escaliers descendraient vers le haut.

Par exemple, imaginez : vous recevez un coup de téléphone d’un directeur artistique – appelons-le Tartempion* – qui en substance vous dit: « j’ai écouté votre artiste, j’aimerais le rencontrer, demain c’est possible ? ».

Qu’en concluez-vous ? (Prenez le temps de réfléchir, il y a un piège…)

Vous pensez que Tartempion* est intéressé par votre artiste, et ce d’autant plus que les directeurs artistiques évitent habituellement de rencontrer les artistes trop tôt, en tout cas pas si vite, et pas avant d’être sûrs qu’artistiquement au moins ils les approuvent ?

Oui, dans un monde normal, vous auriez raison.

Mais vous êtes tombé dans le piège !! Il fallait transposer le problème dans un monde à l’envers !

La preuve en images :

Lionel et moi, nous sommes arrivés pile à l’heure au rendez-vous. Il nous a donc fallu attendre un bon quart d’heure avant de voir venir Tartempion*. Qui nous dit qu’il va nous falloir encore attendre un peu, puisqu’il est descendu de son troisième pour faire une pause cigarette sur le trottoir. Ancien fumeur, Lionel peut tout à fait comprendre la narco-dépendance et les petites impolitesses qu’elle peut entraîner.

C’est un autre détail qui l’a dérangé, Lionel : le gars lui a serré la main sans du tout le regarder.

Je rappelle à Lionel, qui met pour sa toutoute première fois les pieds dans une maison de disques, qu’il ne convient pas de juger, dans ce monde-là, les situations selon les critères habituels. Ainsi, le fait qu’il ne l’ait pas zieuté, signifie sans doute que ce garçon lui porte un intérêt tout particulier et une estime si haute qu’elle lui interdit le vis-à-vis normal de deux personnes se saluant.

Sa cigarette avalée, Tartempion* nous conduit jusqu’à son bureau. Il s’installe, nous nous asseyons, et on le regarde décrocher son téléphone pour engager une conversation qui elle ne nous regarde en rien. Sa conversation raccrochée et toujours sans du tout nous parler, il se met face à son ordinateur pour apparemment répondre à des mails.

Lionel se tourne vers moi, le teint pâli. Ses sourcils étonnés me demandent si j’ai sérieusement l’intention de faire confiance à ce rigolo. D’un sourire tranquille, j’essaie de lui signifier qu’au contraire, ce jeune homme se révèle pour le moment un très poli directeur artistique, dans la mesure où, aucun son n’étant encore pour nous sorti de sa bouche ni aucun geste agressif de son corps, on ne pouvait logiquement rien déduire de ce rien !

Enfin Tartempion* nous fait face. Presque brusquement. Il veut sans doute par là provoquer chez nous un effet de surprise :

— Alors ? Qui es-tu ? – on va se tutoyer, si tu permets – d’où tu viens, pourquoi tu fais de la chanson, depuis combien de temps… je t’écoute…

Lionel, en mots calmes, tente de justifier comme il peut sa présence en ce monde à l’envers où il a manifestement l’intention d’entrer puisqu’il se prétend « artiste ».

— Très bien, alors maintenant choisis trois de tes titres…

Lionel, sûrement se disant qu’on va jouer à quelque chose, choisit, dans l'ordre : « Toutes les hommes sont belles », « Le gros camion » et « Y a des jours ».

On les écoute.

J’en profite pour mieux envisager l’endroit, le bureau, l’ambiance…

Ça me ramène dans un bureau de flic. J’étais ado, et on m’avait piqué mon vélo. C’était y a quarante ans dans une petite ville de province. Une époque et un lieu où des flics pouvaient encore prétendre retrouver des vélos volés. La moindre des choses, pour qu’on me retrouve mon vélo, c’était de le décrire avec des précisions permettant de l’identifier à coup sûr. Comme il me fallut en détails accablants décrire un vélo sans freins, sans garde-boue, sans lumières, ma déposition fut une somme d’aveux qui me transformèrent de plaignant en prédélinquant. Autant de procès-verbaux qu’il fallut régler une fois le vélo retrouvé…

Mais pourquoi ce gênant souvenir dans le bureau de Tartempion* qui m’a de lui-même demandé de venir après avoir écouté six titres de Lionel sur myspace ?

— Quel est le point commun entre ces titres ?

Comme depuis le début de l’entretien Tartempion* a fait le choix de totalement ignorer ma présence, sa question s’adresse évidemment à Lionel.

— Le point commun, c’est moi…

— Hum… non, je veux dire… sérieusement…

— Sérieusement, c’est moi !

C’est là que Tartempion* enfin se lâche :

— Eh bien, il n’y a pas de points communs ! D’ailleurs, qui est Lionel Langlais ? Moi je n’entends pas Lionel Langlais !...

S’ensuivent des réflexions très sûres sur la banalité des textes (cela dit sans me regarder alors qu’il sait que j’en suis l’auteur) sur le timbre pas intéressant de Lionel, et enfin sur le peu d’originalité du projet dans son ensemble.

Lionel, ses narines d’un coup dilatées, évidemment réagit, un index braqué en flingue, manifestement oublieux de ce que dans le monde à l’envers où nous sommes Tartempion* vient en fait de lui adresser de beaux compliments :

— Vous m’avez fait venir, vous m’avez dérangé, pour me dire ça ??!!

Pour la première fois, l’autre me sourit, se cale dans son fauteuil, regard plissé :

— Humm…. Il est agressif… c’est bien ça… de la personnalité…

— Faut comprendre… je dis en abaissant le flingue de Lionel. Il croit que vous n’aimez pas ce qu’il fait… !

— Ah ! Mais non ! sursaute heureusement Tartempion*, tu as du talent !! C’est indiscutable, et tu es à ta place ! Seulement voilà…

— Seulement voilà quoi ? fait Lionel ahuri.

Le rendez-vous aurait pu durer trois jours, on n’en saurait pas plus aujourd’hui. Seule certitude : il est convenu que Tartempion* viendra écouter Lionel au Darius Milhaud le mercredi 21 avril !

Pour les curieux qui voudront voir ça, un petit truc pour bien identifier le monsieur : c’est le seul qui n’applaudira pas pendant toute la durée du spectacle. Encore fois, n’allez surtout pas me l’agresser, c’est normal !! N’y touchez pas, c’est un professionnel !! Et, attention, n’allez pas in extremis tomber dans le deuxième panneau : s’il quitte la salle juste un peu avant la fin, sans demander son reste et avec l’air très très mécontent d’avoir salopé une heure précieuse de son temps ultramégasurbooké, c’est le très bon augure d’une signature possible !!!

Deuxième cas, histoire de vérifier que vous avez vraiment bien pigé le truc :

Un autre directeur artistique d’un gros Label, m’appelle pour me dire : « je suis Bidule*, je vous appelle de la part de Trucmuche*, merci de me rappeler ». Bidule* veut me voir, on fixe le rendez-vous pour le lundi suivant.

Vous avez le choix entre deux hypothèses :

1- Bidule*, avant de m’appeler, a évidemment écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il est intéressé, me propose un rendez-vous qui, par le fait, se présente sous les meilleures auspices dans la mesure où je ne l’ai même pas sollicité !!! Et Lionel, déjà de nature optimiste, a pour le coup de raisonnables raisons de s‘attendre à une très bonne nouvelle…

2- Bidule*, avant de m’appeler, n’a évidemment pas écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il n’a rien de mieux à faire, me propose un rendez-vous auquel je me rends. Bidule* met le master dans la fente de son ordi et s’en va sur l’écran du même ordi lire le blog où présentement vous êtes. Au bout de trois chansons (les « directeurs artistiques » écoutent toujours trois titres à cause « du Père, du Fils et du Saint-Esprit » qui les guident dans leur dur métier), Bidule* me dit : « Lionel Langlais, c’est vachement bien fait, dans le genre, mais alors, c’est pas du tout, mais pas du tout mon truc… Par contre, le blog, j’adore !! »

À votre avis ? Que s’est-il réellement passé ??

Comme je vous sais très joueurs, je mets en jeu des places gratuites pour le concert de Lionel qui, j’attire votre attention, prolonge au Darius Milhaud jusqu’à la fin juin, mais le mercredi !!

Dans la foulée, j’ouvre un autre pari : la présence de Tartempion le mercredi 21 avril au Darius Milhaud. Deux indices seulement : 1) il a, devant Lionel et moi, inscrit le rendez-vous dans son agenda 2) ça se passait dans le monde à l’envers…

Les gagnants auront une place offerte, à une date de leur choix, pour un concert de Lionel au Darius Milhaud.

J’ai d’autres rendez-vous dans la semaine qui vient.

Je vous dirai tout…

Quentin

PS : les noms marqués d’un * ont été modifiés afin de protéger l’identité réelle des authentiques protagonistes de ces faits d’hiver. J’en profite pour rappeler qu’une grève de la faim d’une demi-heure a été lancée pour le 26 juin à 15h par « Directeurs Artistiques Sans Frontières » : bonne occasion de se souvenir qu’il s’agit là de l’une des professions les plus exposées au monde, si l’on veut bien tenir compte du nombre de barges qui se croient chanteurs ou chanteuses, au prétexte qu’au berceau leurs parents se précipitaient avec un biberon dès qu’ils en poussaient une…

RePS : si vous comptez venir tous le 21 avril, faudrait me le dire dès maintenant : faut que je loue l’Olympia !!!

Si je vous disais mes rendez-vous...

Si je vous disais mes rendez-vous, ce serait pour vous livrer mes confidences sur deux rencards que je viens d’avoir, l’un jeudi, l’autre ce lundi matin, avec respectivement un label important et un Groupe de télévisions…

Le rendez-vous avec Wagram, je vous en avais touché deux mots à la fin de mon dernier billet. C’était pour moi le rendez-vous le plus facile à obtenir, puisque je connais le gars en question depuis une vingtaine d’années. Il m’avait à l’époque fait signer chez le même Wagram. Je vous parle d’un temps où je voulais faire chanteur.

Pour les curieux qui voudraient se procurer l’album, je me nommais alors Patrick THOMAS. Cela dit, je doute qu’un seul exemplaire traîne encore sur le marché, dans la mesure où j’imagine mal un chanceux détenteur se séparer d’une telle rareté. J’en ai quelques exemplaires à la maison. Ils ne seront mis en vente que si des circonstances exceptionnelles — style faillite de la banque de France, catastrophe nationale massive… — un jour exigent des ressources financières hors de proportion avec les recettes répondant habituellement aux causes de charité publique.

Rendez-vous cordial, donc, chez Wagram. Très cordial. Il a écouté silencieusement les treize titres, en a d’emblée distingué trois qui lui semblèrent sortir du lot à sa toute première écoute, et m’a félicité pour la qualité globale du boulot. J’étais venu avec une bio, un jeu de textes et deux photos de Lionel. Celle où il resserre son nœud en semblant découvrir qu’il a oublié ses pompes, et celle où il enfile sa veste comme un type obligé de se tirer sans demander son reste pour des raisons qu’on cherchera pas à savoir mais qui pourraient se retrouver dans du Feydeau.

Pas facile du tout d’écouter treize titres sans se lasser devant quelqu’un qui vous regarde. J’ai déjà été dans cette situation et je sais d’expérience qu’elle peut être pénible. C’est pourquoi je prépare toujours un jeu de textes. Ça donne au moins du papier et des mots sur quoi poser le regard et éventuellement le promener pendant que les oreilles se laisse aller à une écoute flottante, la meilleure qui soit pour juger de l’efficacité d’un titre.

Il a gardé tout le dossier, prévu d’en parler avec l’équipe artistique de Wagram, et promis qu’il viendrait prochainement voir Lionel au Darius Milhaud.

L’autre rendez-vous, celui de ce lundi matin, était beaucoup plus improbable. Il concernait un grand Groupe de télés. Je ne peux pour le moment vous en dire plus sur l’identité du Groupe ; vous comprendrez certainement pourquoi, dans la mesure où ce blog étant très lu, je ne veux rien compromettre d’une démarche qui ne fait que commencer et dont je compte bien vous décrire le pas à pas jusqu’à son terme, quel qu’il sera.

Dans le métro, 9 h ce matin, ça commence mal. Impossible d’ouvrir le cartable qui me sert de sac. Le fermoir est bloqué. Il avait montré des signes inquiétants depuis une quinzaine ; là il est coincé pour de bon, et assez vite je n’envisage pas d’autres solutions que d’arriver dans le bureau de mon rendez-vous avec la grotesque nécessité de d’abord demander un démonte-pneu ou tout au moins un couteau à huîtres !

C'est pour m’éviter cette humiliation, et après des manipulations plus ou moins faciles dans un wagon bondé, que je décide une action radicale : j’arrache le fermoir d’un coup sec et déterminé. Des voyageurs me regardent, se regardent, essaient de se pousser comme ils peuvent, histoire de pas trop se frotter au barge… Moi déjà j’envisage le moyen de porter le sac sans trop qu’on remarque la chose.

J’arrive dans le hall avec quinze minutes d’avance qui vont finalement me servir quand je vais me retrouver coincé au deuxième étage dans un ascenseur éteint et immobilisé portes closes. Car je vais me retrouver coincé, moi aussi, comme le fermoir !! À trois étages de mon rendez-vous, coincé dans l’ascenseur ! Et pas la peine d’escompter un réveil pour mettre fin au cauchemar, je dors pas ! C’est la réalité plus vraie que vraie !!

Pour la première fois de ma vie, après avoir appuyé sur tout ce que je pouvais, j’ai appuyé sur le bouton « ALARME ». Pour la première fois de ma vie, j’appuie sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur. C’est pas l’envie qui m’en avait manqué jusqu’à maintenant, remarquez bien ; comme vous, j’imagine ; on a tous, si on est normal, eu un jour l’envie d’appuyer sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur ; comme ça, juste histoire de voir ce qui se passe quand on appuie sur ce gros bitoniau. Genre de truc qu’on fait jamais, en fait. Sauf quand on est en panne dans un ascenseur…

J’ai appuyé.

Je m’attendais à un bruit énorme de sirène, l’immeuble évacué dans le doute, des pompiers venant jusqu’à moi par descente en rappel, une voix douce de Samu me calmant au porte-voix pour m'éviter in extremis une crise d’asthme, et une vague rumeur d’hélicoptères au loin… Rien ! Pas un bruit, pas un mouvement, pas un son, rien. J’en étais à chercher des trous, des fissures par où respirer quand l’air viendrait fatalement à manquer ; et tout à coup l’ascenseur est descendu pour s’ouvrir au rez-de-chaussée devant trois personnes absolument stupides, pas du tout inquiètes, visiblement inconscientes de ce que j’étais tout juste rescapé d’une situation hautement catastrophique. Je me suis traîné, essayant de reprendre une contenance vaguement normale, jusqu’au hall de l’accueil pas loin, d’où me regardait la femme :

— « L’ascenseur » j’ai réussi à articuler, le regard sûrement dilaté par le drame entrevu, « l’ascenseur »…

— Quoi, « l’ascenseur », monsieur ?

— Il est en panne…

— Votre badge ne marche pas ?

— Quel badge ??

— Tout à l’heure, je vous ai donné un badge, en échange de votre carte d'identité…

— Hein ?… Oui… je sais pas…

— Mais si, vous l’avez mis là dans votre poche…

— Oui bon d’accord, et alors…

— Eh ben faut le mettre dans la fente, le badge !! C’est ça qui fait marcher l’ascenseur !!!

Je suis sûr qu’elle a fait exprès de gueuler ça dans le hall. Histoire de bien m’humilier. J’étais dans le centre hypersophistiqué d’un grand groupe de télés, avec marbre par terre et moquette aux plafonds, à deux secondes d’un rendez-vous historique si ça se trouve, et à cause de cette méchante je me retrouvais entouré de regards hautains avec l’air de débarquer du marché aux bestiaux de Saumur-en-Vexin. C’est vexant.

Je reprends l’ascenseur jusqu’au cinquième, le temps de me rafistoler un ego présentable, et j’arrive à l’heure.

Le reste est un enchantement. Le gars, très sympa, écoute trois chansons de Lionel (« Le gros camion », « Y a des jours », et « Toutes les hommes sont belles »), et il est surpris de ce qu’il entend. Il trouve Lionel « très bon », « très actuel », correspondant tout à fait « à l’image et à l’esprit » de la maison où on se trouve, et avec « une tête qui devrait plaire sans problèmes ».

Là-dessus il me propose d’appeler de sa part quelques directeurs artistiques ou patrons de Labels. Il compte aussi venir voir Lionel chanter au Darius Milhaud, certainement courant avril. Et il me dit que si nous trouvons une signature en major, très certainement il s’engagera avec le Groupe…

J’ai commencé dès cet après-midi à prendre les contacts qu’il m’a un par un conseillés.

Je vous dirai la suite au fur et à mesure.

Oh ! J'allais oublier : cette semaine dernière, vous avez battu votre record depuis la création de ce blog ; vous avez été 618 à venir nous rendre visite !!!

Quand il l’a su, Lionel en a été tout ému.

MERCI.

Quentin

Si je vous disais le master suite et fin

Si je vous disais le master suite et fin, ce serait pour évidemment vous annoncer que ça y est cette fois c’est fait, qu’on le tient qu’on l’a, qu’il est à nous plus vrai que vrai dans la popoche LE master quiquequoidont je vous parlais dans ma dernière confidence, dans ce même blog où se trouvent et se retrouvent les celles et ceux qui suivent les pas à pas de Langlais le chanteur qui rit qui pleure.

Quoi ? Seulement maintenant le master ?? Que ça fait déjà quasiment trois semaines que Simon était censé se pointer au fameux studio de mastering avec les mixes ??? Trois semaines pour un master ? Non mais on se fout de nous là !

Bon, d’abord, c’est pas la peine de s’énerver. Je vous ai toujours dit que je vous dirais tout, et je vais tout vous dire. Donc on se calme. D’ailleurs, en passant, Lionel a horreur qu’on monte le ton comme ça devant lui, et je sais qu’il tient à ce que son blog soit doux comme un jardin sans ronces et convivial comme un sourire aux anges.

Cela dit, je vais pas le nier : je savais que ces trois semaines allaient vous paraître excessivement longues et que, pour la plupart anxieux tourmentés à vous ronger les sangs, vous alliez très certainement aller imaginer des choses horribles.

Moi-même j’ai fait une nuit le cauchemar de Simon perdu en forêt de Fontainebleau (le studio de mastering est à Fontainebleau). Tenant les précieux mixes sous son blouson, bravant le froid, il se cognait d’épuisement à des arbres centenaires qui se moquaient de lui tandis qu’une voix intérieure, stridente et fausse, lui chantait à tue-tête « j’veux l’ gros camion dans la vitrine !! ». Soudain, un guide mystérieux se présenta devant lui et le mena jusqu’à un abri sous-terrain, gardé par quatre molosses toutes dents dehors et enchaînés à des pieux en fer forgé. Une porte s’ouvrit, comme en glissant, une lumière aveuglante lui explosa littéralement à la figure, le projetant ventre à terre. Il sentit une main gantée glisser sous le blouson pour lui voler les mixes. Rejeté du blockhaus comme une pelure, il erra des jours et des nuits, se nourrissant de glands et de fougères, et ne se trouvant pas du tout le courage de rentrer pour enfin avouer l’incroyable mésaventure à Lionel. Des loups, chassés jusqu’ici par le réchauffement climatique, entreprirent de l’adopter et de l’initier à la vie en meute. C’est comprenant que le chef de la meute projetait en sus de le fiancer à la femelle nouveau-née, qu’il poussa le hurlement affreux qui me réveilla en sursaut.

Mon premier réflexe fut évidemment d’en référer à la gendarmerie la plus proche. En effet, nous étions sans nouvelles de Simon depuis une semaine, sa messagerie était pleine, et mon inconscient ne m’a jamais embarqué dans pareille dinguerie sans raison prémonitoire (dans ma toute dernière en date, le patron d’une Major portant le nom d’une grosse bisbille napoléonienne, me demanda, à genoux et devant tout son personnel interloqué, la permission de le laisser signer Lionel en exclusivité et à vie…).

J’étais sous ma douche, et donc pas encore sur le chemin de la gendarmerie, quand Lionel m’appela. Il venait miraculeusement d’avoir des nouvelles de Simon…

Je lui demandai de me laisser quelques instant afin de me préparer au pire, alla m’asseoir dans un fauteuil, à cause des accoudoirs qui m’empêcheraient éventuellement de tomber plus bas encore :

— Je t’écoute…

— He ben voilà, en fait tout va bien, c’était rien, enfin c’est juste que Simon a eu un gros rhume…

— Pardon ??

— Il a eu un rhume…

— Un rhume ???

— Ben oui, un rhume !

— Mais enfin Lionel, tu te rends bien compte ?? J’allais à la gendarmerie, là, Lionel !! Des centaines de personnes attendent sur ton blog des nouvelles de ton master !!! Je leur ai dit que c’était pour y a déjà quinze jours !!! Et toi tu me parles d’un rhume !!!

Là-dessus, il me raccroche au nez (je vous l’avais dit, il a horreur qu’on monte le ton).

Je vous imagine, là maintenant, éberlués comme je l’ai été : un rhume….

À quoi ça tient, une machine hypersophistiquée, un technicien hyperaupoint, un Simon hyperfeuillupointu… Un microbe de rien du tout dans tout ça et tout est dit : le microbe dans le nez de Simon fait son miel, bouche les conduits, se fabrique là-dedans son abri bien au chaud calfeutré, monte le thermostat, et voilà le Simon fiévreux sourd comme un pot, et du même coup le mastering remis à plus d’une semaine plus tard.

Mais fini le suspens avec vos nerfs : l’événement a eu lieu lundi à 18 h12. Simon a remis LE master à Lionel qui l’a tout de suite placé en lieu sûr.

Et c’est comme ça que depuis ce matin, en ligne ici même et sur le myspace, vous pouvez écouter des titres enfin masterisés.

Et... toute dernière nouvelle en date : j’ai rendez-vous chez Wagram jeudi à 16 h !!!

Je vous tiens au courant. Promis

Quentin