Si je vous disais la première télé...
Par Quentin, mercredi 30 juin 2010 à 15:36 :: Les confidences de Quentin
Si je vous disais la première télé de Lionel, ce serait évidemment pour vous raconter la fois toute récente où Lionel est allé sur IDF1 chanter le « Chat looké matou rappeur » en direct.
Au départ, c’est un ami de Lionel qui lui parle de cette émission. Persuadés que toute expérience est bonne à prendre, nous décidons de postuler via la procédure en place sur le site de la chaîne. Ce qu’on voit dans cette opportunité, c’est d’abord et surtout la possibilité pour Lionel de se coltiner une situation inédite pour lui.
Car un artiste de la chanson doit apprendre trois métiers sans trop de rapports entre eux :
— la scène
— le studio d’enregistrement
— la télé
Trois univers différents, trois ambiances, trois façons de rencontrer le public, trois occasions de se donner à qui veut l’entendre.
Je ne sais rien de plus éloigné de l’art hautement sensible de la chanson que l’atmosphère d’un plateau de télévision. Les matériaux, les techniques, les gens, tout y est étrangement loin du monde. Seule comparaison que je trouve : l’hôpital.
Comme un jour ou l’autre t’as été ou tu iras à l’hosto, tu vas me comprendre…
Remarque, je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça : j’ai aimé l’hôpital. Que des gens nuit et jour aux grands soins pour moi, et rieurs quand j’avais envie de rire, et doucement gentils quand j’étais moins gai, et toujours là…
Je supporte pas qu’on dise du mal de l’hôpital.
La bouffe, je dis pas. La bouffe, on est d’accord, c’est pas nommable. Tu regrettes de pas être un animal : tu pourrais au moins espérer de temps à autre une pâtée pour chiens. Une fois, je me souviens, j’avais dans mon assiette une tomate. Presque entière et, surtout, épargnée par la gélatine qui servait de vinaigrette. Enfin j’allais pouvoir manger quelque chose que mon corps identifierait : une tomate. La tomate était dégueulasse !! Mais pas dégueulasse comme une tomate pas bonne !! Dégueulasse comme une tomate ne peut pas être dégueulasse. Comme y a pas de mots pour le dire. Cette tomate n’était pas une tomate !
Au bout d’une semaine j’avais compris : la bouffe faisait partie de la thérapeutique. Evidemment. On s’occupe de toi, on te soigne, on te cajole, on te protège à l’excès, si la bouffe était de la nourriture, on s’en sortirait comment ? On n’arrêterait pas de se fabriquer des fausses maladies, rien que pour y retourner, à l’hôpital ! On voudrait jamais en sortir, on y passerait sa vie !
Justement, en allant au studio de la télé, on a longé l’hôpital Robert Debré. Lionel est au volant. Tendu. Dans un silence qui te défie de la ramener. Je déteste les silences tendus : évidemment je la ramène. Pour dire, comme parlant tout seul : « en ce moment y a forcément un gamin qui s’apprête à passer un scanner »…
— Pourquoi tu dis ça ?
— Quoi…
— Qu’en ce moment y a sûrement un gamin qui passe un scanner !
— Je sais pas…
C’est mon instinctive manière de dénouer les nœuds mouillés de l’angoisse. Depuis tout gamin. Quoi qui se passe, ça pourrait toujours être pire. À un pauvre type tout prêt de mourir et qui en serait effrayé, je serais capable de balancer « et encore, c’est rien, on est dimanche… ç’aurait pu être pire, t’aurais pu mourir un lundi… ».
Un artiste capable de se calfeutrer à double tour dans son trac, alors que tu viens de lui mettre en tête l’image d’un gamin allongé terrifié tout seul dans son tunnel à scanner les tumeurs, me dis pas que cet artiste est un artiste. Me dis pas qu’il peut légitimement prétendre faire son boulot, soulager ses contemporains de leurs angoisses jour à jour. Ce serait comme essayer de me convaincre qu’un poltronneux pourrait m’initier à la chasse aux lions.
En tout cas, Lionel, le coup du scanner - la surprise passée et l’image ayant fait son chemin - ça l’a détendu. Il était même quasiment serein quand on est arrivés au studio.
Un jeune mec nous a pris en charge. Qui m’a rappelé le jeune mec qui m’avait pris en charge juste avant l’entrée au bloc opératoire. En moins sérieux quand même. Mais avec les mêmes attentions, les mêmes arguments : « …de toute façon tout le temps de l’émission je serai là, et ne vous en faites pas, tout va très bien se passer… ».
Lionel découvre un plateau de télévision. Lumière crue, décor de pacotille et couleurs qu’on voit que sur des gâteaux américains.
Il découvre aussi combien tout est mesuré à la télé, le temps chronométré à la seconde et l’espace cadré au centimètre. Il sera interviewé par Jacky himself en personne. Devra regarder la caméra 2, celle du fond sur sa gauche, pour la première partie de l’interview, mais bien se concentrer sur la 3 juste en face dans la deuxième partie.
Au bloc aussi j’avais senti ça, que le temps et l’espace étaient comptés. Et noté les écrans de contrôle partout. Tout sous contrôle, pour le grand direct…
On a fait un essai son. Lionel s’est mis en place et les souris ont déboulé maboules en poussant leur cri dans les refrains du « Chat ». Le réalisateur en a profité pour répéter lui aussi ses cadrages et ses va-et-vient. On a suggéré à Lionel un deuxième essai possible, juste pour le confort, et j’en ai profité pour lui déconseiller le petit saut en arrière pendant le cri, très efficace sur scène mais visiblement inutile à l’écran.
C’est en allant au maquillage qu’on a croisé Jacky dans un couloir. Il était accompagné de Lafesse, que Lionel n’a pas du tout reconnu. En fait ils s’apprêtaient à enregistrer une autre émission avant le direct ; d’ailleurs avec une poule mascotte, ce qui nous expliquait la présence du petit poulailler sous l’escalier à côté de la machine à café.
Lionel maquillé et costumé, il nous restait presque deux heures à tuer avant le décompte cinq… quatre… trois… deux…
Je m’étais attendu à un décompte avant le direct au bloc. Comme pour ma hernie opérée à vingt ans. Un vrai décompte, à voix haute, et qui partirait de dix. J’étais pas arrivé à quatre, je me souviens, pour ma hernie. Mais cette fois, rien. Juste le gars me demande comment je me sens… « Pas très bien », je dis. Et, c’était vrai, j’avais l’impression que j’allais avoir un malaise, perdre connaissance…
Je ne croyais pas si bien dire : je perdais ma connaissance. Sans compte à rebours, rien, sans qu’on me prévienne. Pas correct, j’ai trouvé. J’aurais pu avoir l’envie de dire quelque chose avant de partir, après tout. Arrêter le compte à rebours, juste avant le zéro, et dire au revoir à des gens que j’aime, laisser un mot à leur transmettre, je sais pas, dire quelque chose, quelque chose encore, un dernier mot merde !
Encore aujourd’hui, ça et la tomate, j’ai pas compris.
Pendant le compte à rebours, Jacky et sa co-présentatrice discutaient comme à l’apéro d’une bouffe tranquille dans un restau pépère. À peine croyable. Apparemment, c’est la grande différence entre les gens de télé et les chirurgiens. Pour le reste tout pareil. Précis, efficace, tout comme prévu, avec le sourire, changement de costume après, voiture sur le parking et retour à la vraie vie comme si rien s’était passé…
Quadruple pontage quand même !! Y s’est pas rien passé ! Et première télé de Lionel Langlais !! S’est-il rendu compte le Jacky ? Et mon chirurgien ? A-t-il aujourd’hui enfin réalisé qu’il a opéré le manager de Lionel Langlais ?
Ça me fait penser : on n’a toujours pas la réponse d’André Vingt-Trois… Vous vous souvenez ? Concernant la possibilité que Lionel soit managé dorénavant par Quivousavez…
Rien au courrier, pas d’allusions marquantes dans les homélies à Notre-Dame… J’ai tendance à penser qu’il a refilé le dossier à Benoît… Du coup j’écoute Benoît… Tout ce qu’il dit… C’est incroyable ce que ça peut causer un pape !!
Je vous tiens au courant…
Quentin
Au départ, c’est un ami de Lionel qui lui parle de cette émission. Persuadés que toute expérience est bonne à prendre, nous décidons de postuler via la procédure en place sur le site de la chaîne. Ce qu’on voit dans cette opportunité, c’est d’abord et surtout la possibilité pour Lionel de se coltiner une situation inédite pour lui.
Car un artiste de la chanson doit apprendre trois métiers sans trop de rapports entre eux :
— la scène
— le studio d’enregistrement
— la télé
Trois univers différents, trois ambiances, trois façons de rencontrer le public, trois occasions de se donner à qui veut l’entendre.
Je ne sais rien de plus éloigné de l’art hautement sensible de la chanson que l’atmosphère d’un plateau de télévision. Les matériaux, les techniques, les gens, tout y est étrangement loin du monde. Seule comparaison que je trouve : l’hôpital.
Comme un jour ou l’autre t’as été ou tu iras à l’hosto, tu vas me comprendre…
Remarque, je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça : j’ai aimé l’hôpital. Que des gens nuit et jour aux grands soins pour moi, et rieurs quand j’avais envie de rire, et doucement gentils quand j’étais moins gai, et toujours là…
Je supporte pas qu’on dise du mal de l’hôpital.
La bouffe, je dis pas. La bouffe, on est d’accord, c’est pas nommable. Tu regrettes de pas être un animal : tu pourrais au moins espérer de temps à autre une pâtée pour chiens. Une fois, je me souviens, j’avais dans mon assiette une tomate. Presque entière et, surtout, épargnée par la gélatine qui servait de vinaigrette. Enfin j’allais pouvoir manger quelque chose que mon corps identifierait : une tomate. La tomate était dégueulasse !! Mais pas dégueulasse comme une tomate pas bonne !! Dégueulasse comme une tomate ne peut pas être dégueulasse. Comme y a pas de mots pour le dire. Cette tomate n’était pas une tomate !
Au bout d’une semaine j’avais compris : la bouffe faisait partie de la thérapeutique. Evidemment. On s’occupe de toi, on te soigne, on te cajole, on te protège à l’excès, si la bouffe était de la nourriture, on s’en sortirait comment ? On n’arrêterait pas de se fabriquer des fausses maladies, rien que pour y retourner, à l’hôpital ! On voudrait jamais en sortir, on y passerait sa vie !
Justement, en allant au studio de la télé, on a longé l’hôpital Robert Debré. Lionel est au volant. Tendu. Dans un silence qui te défie de la ramener. Je déteste les silences tendus : évidemment je la ramène. Pour dire, comme parlant tout seul : « en ce moment y a forcément un gamin qui s’apprête à passer un scanner »…
— Pourquoi tu dis ça ?
— Quoi…
— Qu’en ce moment y a sûrement un gamin qui passe un scanner !
— Je sais pas…
C’est mon instinctive manière de dénouer les nœuds mouillés de l’angoisse. Depuis tout gamin. Quoi qui se passe, ça pourrait toujours être pire. À un pauvre type tout prêt de mourir et qui en serait effrayé, je serais capable de balancer « et encore, c’est rien, on est dimanche… ç’aurait pu être pire, t’aurais pu mourir un lundi… ».
Un artiste capable de se calfeutrer à double tour dans son trac, alors que tu viens de lui mettre en tête l’image d’un gamin allongé terrifié tout seul dans son tunnel à scanner les tumeurs, me dis pas que cet artiste est un artiste. Me dis pas qu’il peut légitimement prétendre faire son boulot, soulager ses contemporains de leurs angoisses jour à jour. Ce serait comme essayer de me convaincre qu’un poltronneux pourrait m’initier à la chasse aux lions.
En tout cas, Lionel, le coup du scanner - la surprise passée et l’image ayant fait son chemin - ça l’a détendu. Il était même quasiment serein quand on est arrivés au studio.
Un jeune mec nous a pris en charge. Qui m’a rappelé le jeune mec qui m’avait pris en charge juste avant l’entrée au bloc opératoire. En moins sérieux quand même. Mais avec les mêmes attentions, les mêmes arguments : « …de toute façon tout le temps de l’émission je serai là, et ne vous en faites pas, tout va très bien se passer… ».
Lionel découvre un plateau de télévision. Lumière crue, décor de pacotille et couleurs qu’on voit que sur des gâteaux américains.
Il découvre aussi combien tout est mesuré à la télé, le temps chronométré à la seconde et l’espace cadré au centimètre. Il sera interviewé par Jacky himself en personne. Devra regarder la caméra 2, celle du fond sur sa gauche, pour la première partie de l’interview, mais bien se concentrer sur la 3 juste en face dans la deuxième partie.
Au bloc aussi j’avais senti ça, que le temps et l’espace étaient comptés. Et noté les écrans de contrôle partout. Tout sous contrôle, pour le grand direct…
On a fait un essai son. Lionel s’est mis en place et les souris ont déboulé maboules en poussant leur cri dans les refrains du « Chat ». Le réalisateur en a profité pour répéter lui aussi ses cadrages et ses va-et-vient. On a suggéré à Lionel un deuxième essai possible, juste pour le confort, et j’en ai profité pour lui déconseiller le petit saut en arrière pendant le cri, très efficace sur scène mais visiblement inutile à l’écran.
C’est en allant au maquillage qu’on a croisé Jacky dans un couloir. Il était accompagné de Lafesse, que Lionel n’a pas du tout reconnu. En fait ils s’apprêtaient à enregistrer une autre émission avant le direct ; d’ailleurs avec une poule mascotte, ce qui nous expliquait la présence du petit poulailler sous l’escalier à côté de la machine à café.
Lionel maquillé et costumé, il nous restait presque deux heures à tuer avant le décompte cinq… quatre… trois… deux…
Je m’étais attendu à un décompte avant le direct au bloc. Comme pour ma hernie opérée à vingt ans. Un vrai décompte, à voix haute, et qui partirait de dix. J’étais pas arrivé à quatre, je me souviens, pour ma hernie. Mais cette fois, rien. Juste le gars me demande comment je me sens… « Pas très bien », je dis. Et, c’était vrai, j’avais l’impression que j’allais avoir un malaise, perdre connaissance…
Je ne croyais pas si bien dire : je perdais ma connaissance. Sans compte à rebours, rien, sans qu’on me prévienne. Pas correct, j’ai trouvé. J’aurais pu avoir l’envie de dire quelque chose avant de partir, après tout. Arrêter le compte à rebours, juste avant le zéro, et dire au revoir à des gens que j’aime, laisser un mot à leur transmettre, je sais pas, dire quelque chose, quelque chose encore, un dernier mot merde !
Encore aujourd’hui, ça et la tomate, j’ai pas compris.
Pendant le compte à rebours, Jacky et sa co-présentatrice discutaient comme à l’apéro d’une bouffe tranquille dans un restau pépère. À peine croyable. Apparemment, c’est la grande différence entre les gens de télé et les chirurgiens. Pour le reste tout pareil. Précis, efficace, tout comme prévu, avec le sourire, changement de costume après, voiture sur le parking et retour à la vraie vie comme si rien s’était passé…
Quadruple pontage quand même !! Y s’est pas rien passé ! Et première télé de Lionel Langlais !! S’est-il rendu compte le Jacky ? Et mon chirurgien ? A-t-il aujourd’hui enfin réalisé qu’il a opéré le manager de Lionel Langlais ?
Ça me fait penser : on n’a toujours pas la réponse d’André Vingt-Trois… Vous vous souvenez ? Concernant la possibilité que Lionel soit managé dorénavant par Quivousavez…
Rien au courrier, pas d’allusions marquantes dans les homélies à Notre-Dame… J’ai tendance à penser qu’il a refilé le dossier à Benoît… Du coup j’écoute Benoît… Tout ce qu’il dit… C’est incroyable ce que ça peut causer un pape !!
Je vous tiens au courant…
Quentin





