Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais le Sentier des Halles

Si je vous disais le Sentier des Halles, je vous parlerais bien sûr, et avant tout, du samedi 14 janvier 2012. Puisque Lionel, des coulisses et à 20h précises, attaquera ce jour-là l’intro de la première chanson de son tour. Il entrera en scène guitare en bandoulière et sur un jeu dynamique. D’emblée pour parler de la vie la folle histoire que voici que voilà. Il sortira d’ailleurs de la même scène à 21h15 avec une autre chanson qui parlera de la vie. Nouvelle chanson, celle-là. Toute nouvelle. Bien placé pour vous le dire, j’en ai terminé le texte il y a deux jours.

Il me fallait vous en causer, j’ai depuis comme une intime conviction : cette date au Sentier des Halles marquera un tournant - j’ai pas dit un virage – un tournant dans la carrière de Lionel. Je suis d’ailleurs bien incapable de vous dire pourquoi. Je vous l’écris sûrement autant pour y réfléchir que pour vous en informer.

Car je réfléchis en écrivant. Rigolez pas, si tout le monde en faisait autant, on entendrait moins de conneries. On pense moins con quand on écrit. Prenez un con, chopez-le en pleine envolée, filez lui un stylo et un bout de papier, vous voilà tranquille pour un bout. L’effet est immédiat, il se tait. Et il n’écrira pas une ligne pour autant. Tout le monde y gagne.

Ça me fait d’ailleurs me rappeler une anecdote, dont je me suis dit sur le moment qu’il faudrait bien que je vous la raconte. C’était il y a peu de temps, alors que Lionel chantait dans l’IDTGV. Son tour était commencé depuis vingt bonnes minutes. Un type l’observait beaucoup, glissant de temps à autre des remarques, inaudibles pour moi, aux deux nanas qui l’accompagnaient. D’un coup, entre deux chansons, il s’approche de Lionel et lui demande de bien vouloir noter son numéro de portable. Lionel me regarde, ahuri, presque hébété. Le type vient juste de lui crever sa bulle et il en est comme hagard. Je viens suggérer au type qu’il pourrait peut-être attendre que Lionel ait fini de chanter…

— Ah pardon ! En fait, je vous explique, je suis chargé de casting pour Naguy, alors je vous laisse mon numéro de portable et vous me rappelez cette semaine…

Je l’entraîne un peu plus loin, parce qu’il a visiblement envie que tout le monde l’entende et que visiblement ça gène tout le monde…

— Un casting ? Pour Naguy ? Depuis quand Naguy fait des casting ?

— Ah ben oui, il en fait ! On cherche des bons candidats pour son émission « N’oubliez pas les paroles »… Lui il serait d’enfer !

— Oui mais lui il est pas candidat pour un jeu…

— Ah si ! Faut qu’il vienne !! Avec la gueule qu’il a, et vu comme il chante, et la présence et tout et tout, il gagne, c’est sûr, moi je vous l’dis !

— Que Naguy le programme dans Taratata, on vient tout de suite, et en courant… Pas pour « N’oubliez pas les paroles »…

— Mais vous êtes fou, sérieusement il peut gagner !

— Je vous laisse son album, vous l’écoutez, vous me rappelez et on en reparle…

— Ah mais moi je m’en branle de son album ! C’est lui que je veux !

— Oui mais lui, c’est pas qu’un gars qui chante bien, c’est pas un chanteur de Karaoké… Votre émission, elle est sympa, mais c’est fait pour des chanteurs de Karakoé… c’est autre chose… Lui, c’est un artiste… vous voyez ce que je veux dire ?

— Mais ça on s’en fout ! Il gagne le jeu, toute la France le connaît, et comme ça il est connu, et après il fait ce qu’il veut !

— Attendez qu’il ait fini de chanter, vous verrez bien ce qu’il vous dira…

— J’ai pas le temps d’attendre, il faut que j’y aille…

— Vous pouvez pas aller bien loin, on est dans un train…

— Je vous laisse mon numéro…

Lionel ne l’a toujours pas appelé. Et l’appellera pas. Pourtant le type est parti visiblement convaincu qu’on pourrait pas être assez cinglés pour laisser filer une chance pareille : passer à la télé !

Qu’est-ce qu’il penserait, le malin, s’il me trouvait ici aujourd’hui à vous parler d’un « tournant dans la carrière » de Lionel à propos d’une date au Sentier des Halles… Cherchez pas : il me penserait ridicule. Au mieux.

Pas impossible que je vous fasse d’ici peu l’aveu d’une colère enfouie, d’une rage, que je sens monter en moi rien qu’à évoquer ces rigolos qui pullulent dans le métier, qui mine de rien en vivent, et qui n’imaginent pas une seconde qu’un artiste puisse exercer son art avec une autre intention que d’être connu ou de se faire de la thune.

Pour être tout à fait franc, j’ai la même colère à entendre - et on entend ça partout - que les politiques ne cherchent que le pouvoir ou le pognon.

En fait, si on résume, je déteste qu’on salisse ce que l’Homme a de plus beau en lui, et dont chacun détient une parcelle qu’il s’agit de raviver plutôt que d’essayer de l’étouffer dès qu’elle manifeste une lueur, même très pâle.

Il y a des gens, par vocation toujours, qui réalisent le plus souvent malgré eux, et même des fois contre, leur besoin d’aller dire quelque chose aux autres. En mots, en musiques, en peintures, en images, en chansons, ou en actions. Il se trouve que, toujours, ces gens-là témoignent, à la mesure de leur talent, forcément, de ce que, tous autant qu’on est, nous devrions être dans un monde autrement perçu, autrement pensé.

Je trouve miraculeux qu’il y ait encore des artistes et des politiques sensibles à cette vocation qui pousse en eux comme graine en terre.

J’affirme - prenez-le plutôt comme un credo - que tout artiste, même très discutable dans son art, tout politique, même vérolé de calculs bien crasseux, a en lui une vocation qui nous sert, qui se met à notre service, et qui sacrifie pour ça et à l’intérêt général bien des mesquineries trop humaines.

J’exècre - prenez-le plutôt comme un euphémisme – tous ceux qui voudraient tant qu’on dise combien Picasso était avide, Callas capricieuse, Trenet détestable, Claude François dictateur, Dali petite bite, Brassens egocentrique, Coluche malheureux, Montant infidèle, Ventura pas malin, l’Abbé Pierre caractériel, De Gaulle général et Mitterrand antisémite…

Et je ne vous parle que des morts…

Avec Lionel, je me trouve régulièrement dans la position délicate du faire-valoir. Comme l’expression l’indique, ça consiste à faire-valoir quelqu’un. Au travers de ce qu’il fait, de ce qu’il est.

C’est qu’il se trouve, disons par hasard pour arranger tout le monde, que Lionel et moi nous coïncidons totalement sur une cause commune. Sans doute parce que, comme dans tout destin un peu dense, la mort a très tôt chicané nos existences respectives.

Que personne ne s’y trompe, je défends Lionel parce que le défendant je défends ma cause, fondamentale, existentielle c’est le cas de le dire : la vie. Je ne dis pas l’existence. Je dis la vie. Admettons, pour nous entendre, que la vie est à l’existence ce que la sève est au bout de bois.

Un curieux, étudiant le répertoire de Lionel, se rendrait vite compte que « vie » en est le mot le plus récurrent.

Des 5 nouvelles chansons que Lionel chantera au Sentier des Halles le 14 janvier, la dernière, dont il a fait la musique et dont je viens de finir le texte, porte cette cause comme on porte un fer au feu.

Et c’est ça le tournant dont je parlais. Évidemment, c’est ça.

Lionel, par sa seule manière d’être, défend la force de vie ; et moi je vous dis plus encore, je vous dis qu’il est de ceux qui apparaissent aux temps incertains, parce qu’ils sont par nature portés à faire de ce combat pour la vie un combat très rude, sans concession aucune, qui oblige l’adversaire à se positionner clairement. On a tendance à lui trouver du Brel. En réalité c’est ce combat seulement qui les rassemble, et surtout la manière de le mener. Mais Lionel se rapprocherait plutôt d’un Bécaud, pour ce qui est du recours à l’instinct.

À cause de cette connivence que je lui trouve avec Bécaud, je me suis même débrouillé récemment pour qu’il déjeune avec Léonard Rapoli, son bassiste et chef d’orchestre pendant plus de 15 ans. C’était beau, la façon dont il lui a parlé de Bécaud. Très beau.

Lionel en est sorti renforcé, plus déterminé que jamais à se battre. Pas pour se faire connaître. Pas pour entasser du fric. Pour aider les plus pauvres en forces à lutter dans la bataille, pour que la vie gagne encore et toujours. Puisque le voilà tout entier dans ce combat, maintenant qu’il a décidément compris que c’est le sens de la vocation qui le soulève et le porte.

Il est pour nous symbolique que ça se passe d’abord au Sentier des Halles. Parce que c’est au Sentier des Halles, en 2009, que Lionel a pour la première fois présenté une heure de son répertoire au public.

Le Sentier des Halles est devenu entre temps propriété de l’Olympia, et Lionel s’est aguerri.

Va y avoir de la castagne…

Réservation Fnac :

CLIQUEZ ICI !

Quentin

Si je vous disais l'album

Si je vous disais l’album de Lionel, je commencerais par vous conseiller de l’acheter.

Puisque voilà qu’il est en vente, ici même, sur le blog où vous voilà vous aussi.

Puisque Internet est aujourd’hui pour un producteur de disques ce que la place du marché est à un producteur de fruits et légumes.

Puisque vous êtes ici devant l’étalage où je pourrais presque vous racoler à l’ancienne.

C’est que je vous vois venir, et de loin…

— Bonjour !

— Salut…

— C’est qui ?

— Lionel Langlais…

— Ah ben oui, je suis con, c’est écrit dessus… Et il chante ?…

— Il chante…

— Et c’est bien ?

— Non, c’est à chier…

— Ah bon ? Ben pourquoi vous le vendez alors ?

— Faut bien vivre…

— Faites voir… Ah ben vous alors, vous êtes un drôle de vendeur… Pourquoi vous dites que c’est à chier !?...

— Il chante faux, les musiques sont nulles… et les textes je vous dis pas…

— Ah bon ???... Mais… il sait que… ?

— Qui ça… ?

— Le chanteur ! Il sait que… que vous dites ça… ?

— Ah ben non…

— Il le sait pas !!! Mais c’est dégueulasse !!

— Ce qui serait dégueulasse, ce serait de vous vendre de la salade en vous disant que c’est du foie de veau…

— Non mais c’est incroyable, j’ai jamais entendu un truc pareil ! Eh ! Josiane ! Viens voir !

— Quoi…

— Tu sais c’qui m’ dit, le vendeur ?

— Ah ben tiens c’est lui !

— Qui ça ?

— Eh ben, le chanteur que je te disais l’autre jour que je l’ai vu au spectacle !!! C’est son album !

— Lionel Langlais ? C’est le gars que t’as vu l’autre jour ?

— Ben oui !

— Et tu l’as trouvé à chier ??

— À chier ? Mais t’es pas bien !! Pourquoi tu dis ça ?

— Ben c’est lui ! Il dit qu’il est à chier !

— Lui ?

— Oui !

— Ha mais je vous reconnais !! Vous allez bien ? Mais il a pas pu te dire ça ! C’est son producteur !!!

— Pas tout à fait…

— Vous êtes pas son producteur ?

— Co-producteur… En fait on est vingt-huit…

— Ah ok, je savais pas… Et c’est vous qui faites les textes… d’après ce que j’ai compris l’autre jour…

— Vous avez bien compris…

— Quoi ?? Les textes, c’est vous ???

— Mais Alex arrête ! T’es malade ou quoi !?

— Il me dit que les textes sont à chier !!!

— Mais il a pu te dire ça, imbécile ! On te dit que c’est lui, les textes !!

— Évidemment, monsieur, c’était une plaisanterie, de l’humour !!

— Je connais pas ce chanteur, je dis « c’est qui », il me dit « c’est un chanteur à chier » et ça c’est de l’humour ?!

— Mais non, c’est pas du tout comme ça que ça s’est passé!!

— Ah attention !! Me traitez pas de menteur ! Me traitez surtout pas de menteur !

— Alex tu te tais ! Toi, pour l’instant, t’es rien, t’existes pas, t’as jamais vu chanter Lionel, t’as même pas encore son album, tu te tais ! Et vous, pendant que je vous tiens, on peut se parler ?… Personne nous entend ?…

— Ah si Josiane, là y a du monde qui va vous entendre ! On est sur le blog de Lionel, il y a du passage !! Mais pourquoi vous dites ça, vous avez des choses désagréables à me dire ?

— C’est que… oui, j’aurais bien envie de vous engueuler un peu …

— M’engueuler ? Moi ? Mais pourquoi ça ?

— Ben qu’est-ce que vous attendez pour le faire connaître, Lionel Langlais ! C’est quand même pas normal que ce gars-là soit pas connu !!

— Mais si Josiane, c’est normal ! Il faut du temps ! Vous croyez quoi ? Qu’il suffit de claquer dans les doigts et hop badaboum voilà le succès ?

— Et pourquoi on le voit pas à la télé ? Faut qu’on le voit à la télé ce gars-là ! Qu’est-ce que vous attendez ? Vous êtes son producteur, non ?

— Le jour où Lionel aura un public suffisant, les médias s’intéresseront à lui…

— Ah ben non, c’est le contraire ! Pour que le public le connaisse il faut que Lionel passe à la radio, à la télé, et il faut qu’on en parle dans les journaux !

—Les médias, Josiane, sont… comme qui dirait une caisse de résonance, voyez-vous… Et une caisse de résonance, pour que ça résonne, il faut déjà un peu de bruit… Vous me suivez ?...

— Non ! Je suis désolée, je suis pas d’accord !

— Comment ça vous n’êtes pas d’accord ?

— Non je suis pas d’accord, vous dites n’importe quoi !

— Mais… Josiane… vous ne pouvez pas ne pas être d’accord !

— Et pourquoi ça ?

— Mais parce que je suis un professionnel, Josiane, et vous pas !

— Il faut que je parle à Lionel…

— Pardon ?

— Je veux voir Lionel…

— Mais vous me voyez, c’est pareil…

— Non non, pas du tout, je veux voir Lionel, j’en ai rien à foutre de vous, je suis sur le blog de Lionel Langlais, je veux voir Lionel Langlais, c’est tout.

— Allons, soyez raisonnable, Josiane… Qu’est-ce que vous lui diriez de plus, à Lionel ?

— Des choses…

— Des « choses » ?

— Des choses…

— Vous savez… je vous respecte beaucoup, Josiane… et d’ailleurs, pour Lionel, le public, c’est sacré…

— Blablabla…

— Comment ça « blablabla », Josiane ? Comment ça « blablabla » ???

— Je veux lui parler…

— Mais pour lui dire quoi ? Réfléchissez ! Pour lui dire quoi ?

— Pour lui parler de sa promo, de son blog… Je veux lui dire que je veux une rubrique ici… et que ça s’appellera « la rubrique à Josiane »… Je vais m’en occuper de sa promo, moi, et on va voir ce qu’on va voir !

— Mais on verra rien du tout, Josiane ! Une rubrique ! Et puis quoi encore ? Mais vous imaginez si tout le monde voulait sa rubrique ici ?! Mais oubliez ça, Josiane, oubliez ça tout de suite !

— C’est quoi son mail, à Lionel ?

— Son mail ?!

— Oui, et son téléphone, pendant que vous y êtes, j’aimerais autant lui parler…

— Mais vous rêvez, Josiane, vous délirez ! Il n’est pas même pas question une seconde de…

— Vous vous rendez-compte de l’image que vous donnez de sa production ?

— Comment ça ?

— Elle a pas tort…

— Vous revoilà vous ? Je croyais que vous deviez vous taire…

— Oui ben je suis allé faire un tour sur le blog…

— Et j’imagine que vous avez évidemment vous aussi un avis à donner sur la tenue de ce blog…

— Josiane m’a dit que Lionel a fait un carton l’autre jour à Beaune je-sais-pas-quoi…

— Beaune-la-Rollande…

— Admettons, eh ben vous en parlez même pas !…

— Mais j’allais en parler ! Seulement à vous deux je peux pas en placer une !

— Quand je vous ai demandé qui c’était Lionel Langlais, au lieu de me dire « un chanteur à chier », vous pouviez me dire « le gars qu’a fait un triomphe à Beaune-la-Rollande »…

— Autant Alex dit souvent des conneries, autant il a pas tort sur ce coup-là… Sans compter que vous dites rien non plus des kiosques et jardins de la Mairie de Paris, des IDTGV, du Darius Milhaud… et vous êtes là à attendre que la télé vous appelle ?

— Vous exagérez, Josiane, vous exagérez… Je fais souvent des billets ici et…

— « Souvent » ? A quand remonte le dernier billet ?

— Mais ça commence à suffire ! Vous ne vous imaginez tout de même pas que je vais vous rendre des comptes ?

— Et pourquoi pas ?...

— Mais parce que ce serait le monde à l’envers, Josiane ! Le monde à l’envers !

— Vous dites que pour Lionel le public est sacré ?

— Parfaitement, Josiane…

— Mais je suis le public !

— Vous « êtes » le public… tout ça est très excessif… vous avez vu chanter Lionel une fois et vous avez acheté son album, n’exagérons rien… ça ne vous donne pas tous les droits…

— Ça me donne largement le droit de dire que vous défendez bien mal votre artiste, que sa promo est totalement inexistante et qu’il faut absolument faire quelque chose, et que je vais le faire ! Parce que je vais le faire, j’aime autant vous le dire !! C’est qu’il y a non-assistance à artiste en danger là ! C’est fini de rigoler maintenant !

— Mais vous allez faire quoi, Josiane ?

— Ben oui, qu’est-ce que tu vas faire ?…

— Pour commencer je ne sortirai pas de ce blog tant que vous ne m’aurez pas donné les coordonnées personnelles de Lionel…

— Voilà ce que je vous propose... vous laissez vos coordonnées ici même sur le blog, et Lionel vous contactera personnellement, je vous le promets… ça vous va comme ça ?…

— Ça me va pas du tout…

— Je vous le promets !

— Et moi je vous crois pas…

— Vous savez que c’est grave pour moi ce que vous dites-là, Josiane, très grave !

— C’est moins grave que de planter un artiste comme Lionel…

— Mais comment vous osez me dire une chose pareille ?

— Ah ! Moi, pour défendre Lionel, je vais tout oser, je vous préviens, vous n’avez encore rien vu ! Et, j’aime autant vous dire, le premier qui dit du mal de Lionel ou qui lui fait du tort, il a intérêt à se trouver très vite un abri…

— Mais vous n’allez pas terroriser tout le monde comme ça, Josiane, c’est pas possible ! Et puis de toute façon vous ne pourrez jamais empêcher à des gens de dire du mal de Lionel, vous vous rendez-bien compte ! Vous êtes intelligente, Josiane, vous pouvez comprendre ça…

— Non… je peux pas… c’est drôle, hein ?... Dire du mal de Lionel, c’est comme si on touchait un de mes petits…

— Mais enfin Josiane, il y a quinze jours encore vous ne le connaissiez même pas !!!

— Et alors ? Quand j’ai accouché de mes gamins, je les connaissais pas, c’était mes gamins quand même…

— Bon, il va falloir quitter ce blog, Josiane, je vais devoir déconnecter… J’ai été ravi de vous rencontrer…

— Ça coupe la lumière si vous déconnectez ?

— Ah j’en sais rien, Josiane… Quand je déconnecte, je suis plus là pour voir ce qui se passe… J’imagine que oui… Pourquoi ?

— Ben parce que nous on va rester là… Hein Alex… ?

— Relevez-vous, qu’est-ce que vous faites… ?

— Ça risque de durer, je m’assois…

— Vous tapez lionel langlais tout attaché arobase orange point fr et son portable c’est le 06 68 34 59 54… Maintenant tirez-vous, et vite !

— J’appelle Lionel tout de suite, je vous sens capable de m’avoir refilé un faux numéro…

— Là, cette fois je vous préviens, je déconnecte…

— Allo ? C’est… Allo ? C’est Lionel ??!! Oh qu’est-ce que je suis contente de vous avoir, figurez-vous c’est votre producteur qui m’a do

Si je vous disais l'élixir du Bolchoï...

Si je vous disais l’élixir du Bolchoï, il me faudrait remonter à quelques semaines d’ici.

Ce serait d’ailleurs l’occasion d’en finir avec une rumeur grandissante, venue ces temps derniers ragoter jusqu’à mes oreilles que je n’aurais plus livré de confidences sur ce blog depuis deux mois au prétexte que je n’aurais plus rien à dire de bien intéressant sur Lionel Langlais, que je me serais lassé de mon sujet, ou que le souffle me manquerait à la manière d’un cycliste amateur posant pied à terre au milieu d’une côte attaquée en danseuse et trop vite.

En vérité, comme à son habitude, la rumeur se vautre, et les malveillants qui la propagent sont très loin d’imaginer les vraies raisons de mon prolongé silence.

Chers lectrices, et chers lecteurs, nous aurons à l’avenir bien d’autres combats à mener et de luttes à gagner ensemble, pour ne pas trop perdre de temps et d’énergie dans ces mesquines embrouilles.

C’est donc le plus simplement possible et sans plus tergiverser, que je vous livre la vérité que je vous dois. En vous demandant néanmoins de la garder provisoirement pour vous. Jusqu’au moment tout proche du top départ, que je ne manquerai pas de vous signaler, ces jours-ci, d’un symbolique et tonitruant coup de sifflet qui vous autorisera à aller la crier sur tous les toits que vous trouverez.

Alors voilà : c’est que, depuis presque deux mois, je m’apprête à vous faire part de la naissance du premier album de Lionel Langlais. Mais à chaque fois des évènements l’empêchent. Des évènements de rien du tout. Des tracasseries administratives, des formalités toutes françaises, des noises, mais qui diffèrent d’autant la naissance du petit et le billet devant l’annoncer. Pour l’heure, on est à deux doigts de la sortie du col. Il est à l’usine, au pressage. Ça tombe bien, vous me direz, on était justement pressés…

Je dois dire aussi – la sincérité m’autorise cette franchise - que j’ai fini par trouver un goût limite pervers à cette attente de jour en jour prolongée. Car chaque soir, à minuit passé d’une minute, vérifiant si vous étiez quand même venus visiter le blog, je vous découvrais de plus en plus nombreux…

Jusqu’à ce jour où vous fûtes 138 ! Record absolu depuis la création du blog !

— Je voulais leur parler de l’élixir du Bolchoï, je dis à Lionel, finalement je vais attendre un peu…

— Ah bon ? Mais pourquoi ?

— Ben… t’as pas remarqué ?…

— Quoi…?

— Les visiteurs… ils sont de plus en plus nombreux…

— Et alors… ?

— Et alors rien… Moins j’écris dans le blog, plus y a de visiteurs…

— Mais non, mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est l’effet IDTGV, c’est tout, c’est ça, c’est forcément ça…

— De toute façon, cette histoire d’élixir du Bolchoï, c’est pas non plus une anecdote à se taper le cul par terre… Et d’ailleurs, si ça se trouve, tout le monde sait ce que c’est, l’élixir du Bolchoï…

— Oui, t’as peut-être raison… il a conclu tristement.

J’adore quand il fait cette tête-là. Un gamin perdu. La tête qu’il fait toujours quand on le chicane à votre sujet. La tête qu’il faisait justement ce samedi où il s’est rendu compte qu’il perdait d’heure en heure sa voix, dans un brouillard épais de sons rauques et mal audibles.

On a l’habitude, le samedi, de déposer nos affaires au Théâtre Darius Milhaud vers 19h, d’aller dîner léger chez un italien de l’avenue Jaurès, toujours le même, et de nous présenter à la balance-son vers 20h30.

Ce soir-là, on arrive au théâtre plus tôt, vers 18h15, et inquiets, car Lionel ne peut décemment pas chanter. Et j’ai beau plaisanter sur le fait que Joe Cocker a tout de même fait la carrière qu’on sait avec une voix autrement plus éraillée, Lionel ne rit pas du tout. Car, là, avec son enrouement, le spectacle est en cause et sa santé est touchée. Les deux choses les plus importantes à ses yeux.

Je sais que les heures qui viennent vont être pleines d’angoisses de toutes sortes. Sans compter que si demain l’enrouement persiste, l’idée d’une maladie de préférence grave, longue, douloureuse et finalement mortelle, viendra inévitablement faire son nid dans sa tête hypocondriaque…

À peine on arrive au théâtre, Philippe, Michel et Vincent, trois des six piliers du lieu, sont unanimes et sûrs d’eux : l’élixir du Bolchoï.

— Quoi « l’élixir du Bolchoï » ?

— Il faut de l’élixir du Bolchoï… Avec ça, il chantera ce soir…

Lionel me regarde. Depuis le temps que je suis dans le métier, forcément je connais ce truc.

Non, j’ai jamais entendu parler de ça.

18h30, pour Philippe, c’est encore jouable. Mais une seule pharmacie en France vend de l’élixir du Bolchoï. On respire : elle est à Paris. À Palais-Royal, à deux pas de la Comédie Française. Philippe téléphone ; on n’a plus qu’à y aller, on nous y attend...

Vers 19 h, on arrive à la pharmacie. Deux jeunes serveuses sont là, très sympas, s’amusent gentiment de la nervosité de Lionel et lui assurent, flacon en main, que 20 gouttes maintenant, et 20 autres un quart d’heure avant d’entrer en scène, suffiront à lui dégager la voix.

— C’est de l’alcool à 65°, déjà ça va le détendre…, me dit celle qui compte les premières gouttes dans le verre d’eau qu’elle a préparé.

— C’est quoi ? je demande…

— De l’alcool et des plantes, que des plantes…

Le produit est marron foncé, le flacon petit, pas cher, et il n’y a rien d’autre à lire sur l’étiquette blanche que « élixir du Bolchoï » et le nom de la pharmacie, écrits au stylo bleu.

Un chanteur du Bolchoï passa par cette pharmacie il y a bien longtemps. Il souffrait d’une extinction de voix et devait se produire en public. Il connaissait un remède infaillible et rapide. Pas le pharmacien. Il dicta la composition exacte du médicament au professionnel qui le fabriqua et depuis en conserva l’exclusivité.

Et Lionel chanta. Et comme d’habitude : sans du tout se ménager.

Et finalement, vous y voilà, dans la confidence…

À très bientôt !

Quentin

Si je vous disais la nouvelle guitare de Lionel Langlais...

Si je vous disais la nouvelle guitare de Lionel Langlais, il me faudrait d’abord supposer que vous avez, disponible en tête, la toute fin de ma dernière confidence… celle où je laissais penser, librement et comme à voix haute, l’enfant secret qui, en ce moment même où je vous en cause, s’amuse en mon intime jardin à s’occuper des fleurs pour le seul plaisir de jouer avec un tuyau d’arrosage.

Bon, j’imagine que certains d’entre vous, débarqués à l’improviste et pour la première fois, vont préférer aller vite fait jeter un œil curieux sur le dernier billet, histoire de trouver le bout du fil que je renoue ici. Cela dit, je me doute bien que pas mal d’autres seraient pas mécontents de pouvoir en faire autant, si seulement ils étaient sûrs de ne rien manquer de ce qui se passera ici en leur absence.

À la condition qu’ils se dépêchent, qu’ils aillent en courant faire leur petit tour en arrière, on les attend…

Aux restants, histoire de pas les laisser en rade, une petite blague qui fera passer le temps : ça se passe sur le fleuve Zaïre et on est en plein après-midi. Il faut donc imaginer, de haut, une très large étendue de flotte, et un soleil radieux tapant dessus comme un sourdingue. On se rapproche, façon zoom avant accéléré, et on découvre deux bons gros hippopotames flottant côte à côte au milieu du fleuve. On s’approche encore, jusqu’à se retrouver au raz de l’eau, à un mètre pas plus de leurs regards à peine émergés. Peut-être c’est un couple, on sait pas. Peut-être deux vieux potes inséparables. On s’en fout. Tous deux ont l’air de somnoler. Ou de s’emmerder. D’un coup, l’un d’eux, celui de droite, balance d’un ton monocorde au possible et sans du tout ciller d’un poil à paupière : « J’arrive pas à me faire à l’idée qu’on est mercredi… ».

Drôle, hein ?........................................... ???

Raconter une histoire par écrit, j’avais jamais fait. Très désagréable. Je recommencerai pas. Le silence qui suit la chute est terrifiant. Bizarre sensation d’un flop misérable. Pourtant l’histoire qui m’a le plus fait rire depuis plusieurs années, et je me marre facilement… et souvent… Non, je recommencerai pas.

Tant pis pour les absents, on a trop attendu, je reprends fissa ma confidence où j’aurais jamais dû l’arrêter, là où Lionel découvre dans le dernier billet qu’il devrait changer de guitare.

En fait il n’a pas trop tergiversé, a vite choisi de faire confiance au gamin.

On avait trois critères : un coup de cœur, un budget, et l’avis de Simon.

Pareil que tout à l’heure : que ceux qui n’ont pas suivi depuis le début ce blog se reportent aux confidences relatives à l’album de Lionel où j’explique que Simon Strauss est le musicien qui a enregistré toutes les parties guitares. Et merci d’attendre la fin de ce billet pour ce faire, car il n’est pas question que je recommence la même erreur en m’aventurant à raconter une nouvelle histoire qui ne ferait de nouveau rire personne. Encore que celle-ci, franchement drôle, ferait certainement s’en esclaffer beaucoup ici. Moi en tout cas elle m’a beaucoup fait rire quand on me l’a racontée il y a au moins vingt ans. D’ailleurs je me marre toujours quand je me la raconte. J’ai même rompu une vieille amitié, que je croyais solide, à cause de cette histoire. C’est vous dire si elle est drôle ! Et justement le gars n’a pas ri. Pas du tout. Et alors j’ai réalisé comme ça, d’un coup, que je ne pouvais pas être ami avec un type qui ne se bidonnait pas à l’idée qu’un mec incapable de dire à son patron " le couvreur m’a parlé de toit " lui dise " le couvreur m’a parlé de vous " et par là se ridiculise, étant entendu qu’aucun couvreur ne lui avait en réalité parlé de son patron… Bref, laissez tomber, et demandez plutôt autour de vous si par hasard quelqu’un ne pourrait pas vous raconter cette histoire tordante, car par écrit l’exercice est décidément aussi impossible que d’allumer un feu avec de l’eau…

Nous sommes donc allés, Lionel et moi, dans le quartier Pigalle puisque, les connaisseurs le savent, c’est le quartier de Paris où les musiciens font leurs achats professionnels. Il serait d’ailleurs intéressant que l’une ou l’un d’entre vous, chères lectrices, chers lecteurs, se dévoue et aille chercher dans les livres de Lorant Deutsch qui, des putes ou des marchands de musique, se sont installés les premiers dans le quartier, et si l’installation des seconds fut en rapport.

Dès l’entrée dans la première boutique, le coup de cœur fut un coup d’œil. Car d’entrée l’œil instinctif de Lionel – le droit – s’est posé sur une guitare rouge suspendue au mur parmi plusieurs dizaines de guitares toutes pareilles et pourtant toutes différentes. Tellement pareilles qu’on se demande ce qui justifie les écarts de prix, tellement différentes qu’il est impossible de choisir.

L’œil de Lionel a désigné la rouge. Une APX 500 Yamaha. Un regard sur l’étiquette m’a obligé à constater que l’œil avait même respecté la contrainte budgétaire.

Bien sûr, il n’était pas question pour Lionel de ne pas hésiter et, sans appeler Simon, d’acheter d’emblée le choix de son œil.

La discussion téléphonique avec Simon a confirmé que l’APX 500 Yamaha serait une bonne guitare pour Lionel en scène, même si d’autres possibilités demeuraient envisageables dans le même ordre de prix. Évidemment, pour Simon, le meilleur critère à retenir restait de l’ordre de la sensation…

J’étais convaincu que Lionel reviendrait à son premier choix. J’espérais simplement que le tour ne serait pas trop long avant qu’on y revienne et que la trajectoire qui fermerait la boucle n’allait pas nous trimballer en chemin chez tous les instrumentistes du quartier.

Il n’y eut qu’un après-midi d’hésitations et peu de boutiques visitées avant que l’APX soit décrochée de son mur.

Une autre décision fut prise ce jour-là. Heureuse elle aussi : Lionel s’est équipé d’un ampli, d’un micro et d’un pied de micro pour ses prestations de plus en plus fréquentes dans les IDTGV.

Une anecdote sympa, à propos : nous étions lundi vers minuit, sur un boulevard près de la gare Montparnasse en train de bavarder avec notre ami Frédéric Zeitoun, que vous connaissez peut-être si vous vous intéressez de près à la chanson, ou si vous regardez assidûment « Télé Matin », ou « C’est au programme ». Trois jeunes nanas passent. Celle du milieu désigne Lionel d’un doigt et nous interrompt : « Vous êtes Lionel Langlais… Non ? »

— Heu… oui… mais comment vous le savez ?

— IDTGV ! fait la fille en s’éloignant.

On aurait dit un vrai spot de pub pour l’IDTGV. Et pour Lionel Langlais. Qui n‘en revenait pas.

Au fait, si nous discutions avec Frédéric à Montparnasse un lundi dans la nuit, c’est que le lundi, tous les lundis, à 19 h se joue au Théâtre de La Gaîté Montparnasse un spectacle musical qui s’appelle « Toutes les chansons ont une histoire ».

C’est un spectacle qu’on a écrit ensemble, Frédéric et moi, mais lui, en plus il joue dedans ! D’ailleurs entouré de deux mainates incarnés drôlement, magistralement — et vous savez que je pèse mes mots — par Laurent Conoir et Agnés Pat’.

Vous imaginez mes semaines en ce moment. Ça commence le lundi à la Gaîté Montparnasse où je me régale dans l’ombre de voir se concrétiser sous les rappels un enchantement qui nous dit l’histoire des chansons, et ça se finit tous les samedis au Darius Milhaud où je déguste dans l’ombre le bonheur de voir s’écrire sous d’autres acclamations – et avec une guitare rouge toute neuve s’il vous plaît – une page inédite du Grand Livre dont il sera de nouveau question le lundi suivant…

Que du bonheur je vous dis !

À bientôt….

Quentin

Si je vous disais ce que pense l'enfant...

« Si je leur disais ce que pense l’enfant », voilà ce que j’ai pensé en pensant à vous sur la péniche de La Dame de Canton.

Lionel chantait en première partie des Démagos. Au passage, groupe très sympa. J’ai l’habitude de voir Lionel chanter au Darius Milhaud, c’est le moins qu’on puisse dire, et pas rares sont les fois où il me surprend, me cueille à l’arrachée. Et bien sûr j’aime ça. De vous à moi, je n’attends même que ça. Mais ce mardi 7 décembre, sur la péniche quelque chose s’est passé. Quelque chose d’autre. Dans ma tête. Qui m’a ramené à vous.

Ça faisait déjà quelque temps, plusieurs jours, que je me préoccupais de vous écrire un billet. C’est que, faut pas croire, ça me travaille ces rendez-vous que j’ai avec vous, ça m’oblige, ça fait que j’y pense.

C’est peut-être la péniche, je sais pas, j’ai pensé à vous comme les marins pensent à la mer. C’est la mer qu’ils aiment, les marins, je me suis dit, pas la flotte ; le fond, pas les vagues ; l’horizon, pas la plage…

J’ai pensé à vous. Et j’ai pleuré. Oui, quand je pense à vous je pleure. C’est comme ça. Et vous n’y êtes pour rien, n’allez pas bêtement entamer une psychanalyse pour ça, ça vient de moi, je pleure quand je pense à vous. Et c’est pas nouveau du tout, petit déjà quand je pensais à vous je pleurais.

Lionel chantait. Le son de la guitare était différent. Plus électrique. Très soigné. À la balance, le technicien avait passé quinze bonnes minutes rien que sur la guitare. Du sérieux, le gars du son de la Dame de Canton.

Mais c’était pas ça qui m’agrippait. C’était Lionel. Ou plutôt quelque chose en lui. Et le public le ressentait aussi, ça se voyait. Dans les regards, dans les mains, au tombé des mâchoires…

C’est une vraie confidence que je vais vous faire, sûrement la plus intime, la plus secrète depuis qu’ici je vous en cause. Gardons ça entre nous, sur ce blog, n’allez pas le répéter, surtout pas, ce serait très mal compris ailleurs : c’est dans les pleurs, dans les larmes, dans ces gouttes salées qui me viennent depuis toujours quand je pense à vous, c’est là que se cache le secret de mon engagement à faire connaître Lionel.

Je ne suis pas le manager de Lionel Langlais.

J’imagine bien sa tête en lisant cette ligne qu’il va découvrir en même temps que vous.

Non, Lionel, je ne suis pas ton manager.

Pardon de te le dire comme ça devant tout le monde.

Pas plus qu’à onze ans à Nevers j’étais le manager d’Adamo quand papamaman m’avait emmené le voir au Palace et que dans le noir j’avais pleuré en regardant les gens et leurs grands yeux tout pleins de bonheur. Pas plus que pour Brassens à Rouen, quand j’étais au premier rang, au pied de son micro, et que les mêmes larmes m’étaient venues à sentir tellement fort cette grande salle derrière, remplie de gens tous ensemble réunis autour de cette idée que la vie ça pourrait être aussi ça, être ensemble, heureux, à se vouloir tous du bien. Comme ils étaient bons les gens de ce soir-là, et comme ils s’aimaient, et tous les uns les autres, de se savoir tous et les uns et les autres capables de ça, de ce sentiment limite nigaud, qui ferait rire partout ailleurs mais pas dans cette salle de ce soir-là, que Brassens pudiquement déculpabilisait de ses si bons sentiments, désencombrait de ses lourdeurs. Macias aussi !! Si si ! Enrico Macias ! Je peux en témoigner ! J’avais 20 ans et rien à foutre de Macias, mais je suis allé à son concert, parce que depuis tout petit je vais aux concerts comme les papillons vont aux loupiottes, et parce que ce soir-là c’était gratuit ! Mais les mêmes larmes sur les joues à les voir tous autour de moi si heureux, si beaux de ce bonheur tout vrai, si reconnaissants à lui qui les embarquaient tous au loin, un loin si loin de ce qu’ils étaient avant le concert, si loin de ce qu’ils seraient après… Pareil pour Aznavour, Trenet, Ferré, Montant, Lama, Béart, Barbara, Devos, Souchon, Bruel, Bénabar… j’ai pleuré, je pleure, je pleurerais. Et pareil au cirque, j’ai pleuré, je pleure… Et pareil j’ai pleuré place de la République à la mort de Mitterrand à les voir les uns les autres se serrer sous la pluie à le remercier de ce que sous les apparences il avait changé de la vie…

Mes larmes, Lionel, c’est pas du tout des larmes de manager. Faut se rendre à l’évidence.

Je pleure pas pour toi. Comme j’ai jamais pleuré pour Adamo, Brassens, Bénabar, Bruel ou Mitterrand.

Je pleure autre chose et pour quelqu’un d’autre. Et c’est un chagrin d’enfant bien sûr. On ne pleure jamais que ça.

Chacun fait comme il veut avec son enfant. Moi, dans ma vie, c’est l’enfant qui décide de tout. Quoi que je fasse ou dise, rien ne m’engage réellement, que l’accord ou le refus de mon enfant du dedans. C’est un choix mûrement réfléchi, très solidement délibéré : tout le temps je l’écoute, et toujours je lui fais confiance. Et c’est en lui qu’on trouve le secret de mes larmes. Car c’est lui qui pleure quand ça coule sur mes joues. Comme c’est aussi lui qui a su un jour dénicher Lionel.

Et j’ai compris assez vite pourquoi. Et justement en voyant Lionel sur scène. C’est que le petit a retrouvé avec lui le goût des émotions qu’il veut ressentir dans une salle de spectacles. Jusque-là il s’emmerdait, le gamin. Dans presque tous les spectacles où je le traînais, s’endormait à la troisième chanson. Voyait pas d’artistes, et pas de public. Que des gens. Des gens dans la salle, des gens sur la scène, du chanteur, du musicien, de la lumière, du son, du talent, du métier, que des trucs respectables et que je respecte, mais pas ce quelque chose qui fait des gens un public, qui leur donne ce supplément d’âme qui les réunit et les nourrit l’air de rien, et qui finalement remue le petit jusqu’à le faire pleurer comme il aime.

Ce soir-là sur la péniche, c’est allé plus loin que les larmes. C’est comme si le gamin avait décidé de me parler pendant que Lionel chantait. J’ai senti monter une colère. Que je pouvais comprendre mais que j’aurais eu tendance à étouffer un peu sous des arguments bien raisonnables.

Pour lui, faut dire, les choses sont simples et devraient le rester. Pour lui Lionel est un artiste comme la chanson n’en a pas connu depuis longtemps, s’agirait juste de le dire haut et fort, pas s’en excuser, et pas attendre quoi que ce soit de qui que ce soit. Juste rameuter et gueuler sur les toits.

Mais rameuter qui, gueuler quoi ?

Il s’en fout, le petit. Me répond même pas. Il regarde Lionel qui chante, voit comme il est heureux, voit bien qu’il aura toujours assez de monde dans la salle, que même si y avait qu’une seule personne, il chanterait pareil, Lionel… Qu’on en rajouterait deux mille, que ça changerait rien pour lui… Que c’est pour le public que ça changerait tout, que c’est pour le public qu’il faudrait se battre, pour le public, pas pour Lionel…

Il est dingue, ce môme… J’ai beau lui dire coûts de production, budget promo, distribution, attachés de presse, journalistes, pub, magouilles, subventions, il se marre, il ne pleure plus du tout, il se bidonne, il dit que tout ça c’est fait pour les chanteurs, mais que Lionel c’est pas un chanteur, c’est un artiste qui fait de la chanson, que c’est pas du tout pareil, que c’est même tout le contraire, qu’un chanteur il lui faut un public pour exister, alors que Lionel c’est le public qu’a besoin de lui et que c’est pas du tout la même chose, que le public il a faim, il a soif, il a besoin d’artistes pour se nourrir, que les chanteurs c’est le public qui les nourrit…

— À tout hasard, j’ai fini par demander, tu ferais quoi, toi, si t’étais manager de Lionel Langlais ? Après tout, c’est vrai, c’est toi qui l’as découvert…

— Je mettrais tout le bon pain dans la bouteille, et je jetterais la bouteille à la mer…

— Le pain ? La bouteille ? Quel pain ? Quelle bouteille ?

— Mets ce que je pense dans le blog, et donne-le à manger aux poissons de la grande mer…

— Si tu veux...

— À la fin, dis-leur juste que Lionel chante tous les samedis à Paris. Dis-leur même pas où, ils vont trouver, tu vas voir…

— En passant, je leur souhaite, de notre part, une bonne année 2011… Non ?

— Non. Moi je leur dis de pas s’occuper du numéro des années…

— Comme tu voudras…

— Encore une chose…

— Oui… ?

— Si c’était moi, le manager de Lionel Langlais, y a encore une chose que je ferais…

— Dis toujours…

— Je lui dirais de changer de guitare… La sienne est trop… trop grande… trop grosse…

— Ah bon ? T’es sûr ?

— Oui.

— Bon ben… Lionel, si tu nous lis…

Si je vous disais l'IDTGV

Si je vous disais l’IDTGV, ce serait pour vous parler d’un projet dernier en date et maintenant sur les rails.

L’IDTGV, c’est un TGV plus une idée, comme son nom l’indique.

L’idée, c’est que des artistes animent le bar et ses clients pendant au moins 45 mn de leur trajet.

Le projet, c’est un partenariat entre l’IDTGV et Lionel Langlais.

Partenariat d’ores et déjà conclu – vous pouvez ouvrir le champagne – après un essai, sur le Paris-Bordeaux du 21 octobre, justement jugé par les deux parties concluant.

Je rappelle, si c’est utile, qu’une grève nationale et reconductible, et donc censée affecter durablement nos réseaux ferrés, avait débuté le 20 octobre.

Le 20, au déclenchement des hostilités, Lionel devait chanter dans un patelin reculé de l’Ile de France. Tellement reculé que j’en ai carrément oublié le nom. On nous attendait gentiment à la station Malesherbes, terminus du RER C, vers 15 h, on y est arrivé avec 2 heures de retard. Et ça augurait mal du lendemain.

D’autant que je voyais pas Sarko dans la nuit battre en retraite et remballer sa réforme au seul prétexte de libérer la voie du Paris-Bordeaux à Lionel Langlais…

Lionel Langlais, lui, qui ne doute jamais que les évènements tournent à son avantage quand son avantage l’exige, est à l’heure dite au départ du train. Moi aussi du coup.

Et il est content en plus, Lionel. Un bon mois qu’il attend ça. Pas prendre le train, mais chanter dedans. Impossible de savoir pourquoi – lui non plus il n’en sait rien de rien – mais l’idée de chanter dans le TGV, ça lui plaît.

— Attention, j’avais prévenu, chanter dans le bar d’un TVG, c’est chanter dans un bar, avec le bruit des rails et le roulis en plus. Rien de marrant…

— Ben oui, mais je sais pas… ça me plaît ! Je sens que c’est bien… c’est le mouvement… tu comprends ? C’est le mouvement…

Là-dessus, il m’avait des bras mimé un mouvement vers l’avant.

— Si tu le sens…

— Je le sens…

Faut toujours suivre les intuitions d’un artiste. Quand c’est vraiment un artiste.

À peine on était dans le train, on apprend que la CGT bloque les voies à Poitiers.

— Ça commence bien, je marmonne…

— Oui, c’est même mieux, il répond sans rire, comme ça on passera plus de temps avec les voyageurs…

Je pense surtout au retour. Je me dis que ça va être limite. Le personnel navigant se montre sceptique. Un coup de téléphone vient de les prévenir qu’ils devront peut-être tous dormir à Bordeaux.

Dormir à Bordeaux.

— Qu’est-ce qu’on fait ?

— Quoi « qu’est-ce qu’on fait » ?

— On descend ? Après ce sera trop tard…

— Ben non, on reste… au pire on rentre demain matin…

Lionel n’a pas l’air de se rendre compte. Alors que moi je commence à imaginer que peut-être on ne reverra pas Paris avant des mois. Et pourquoi pas des années ! Sans train, sans essence, sans avion, sans énergie, sans rien, que du pinard, je nous voyais partis pour des années vers une régression nous culbutant dans une France morcelée en localités autonomes, nous du coup coincés sous le règne de Juppé par les circonstances propulsé à la tête d’une baronnie bordelaise, indépendante, mais vivant de trocs en tous genres, et de cultures biologiques par la force des choses revenues à leur état primitif…

J’étais pour qu’on descende au plus vite de ce cauchemar quand les portes se sont fermées. Inexorablement. Les portes de train se ferment toujours inexorablement. Comme les oreilles qui veulent pas entendre.

Quand le superviseur – dans l’IDTGV le contrôleur est remplacé par un superviseur – a annoncé aux voyageurs qu’un chanteur chanterait dans le bar, je me suis demandé comment ils allaient prendre la chose.

J’avais rien dit à Lionel. Sur la manière d’aborder des spectateurs pas du tout au spectacle. Rien ou presque. Il fallait d’abord qu’il fasse son expérience.

Le bar du TGV est relativement tranquille. Mais impossible de voir tout le monde d’un unique regard. T’es obligé de te tourner en tout sens si tu veux leur parler à tous comme à un seul. Là le chanteur doit s’engager tout autrement que sur une scène. Il doit jouer la proximité tout en restant distant. Car des spectateurs redeviennent toujours des enfants, et ils en reprennent vite les réflexes. Surtout si l’artiste est bon. Les enfants aiment regarder sans être vus, s’absentent pour se concentrer, et craignent le silence. Les spectateurs, tout pareil. C’est très visible quand Lionel commence de chanter dans cet endroit. Les regards se détournent de lui pour mieux l’observer. Ils donnent l’impression de le fuir. Lionel en est décontenancé au début. Il comprend assez vite – et je le note – que mieux vaut ne pas du tout les regarder, et plutôt s’isoler dans l’univers clos de la chanson qu’il est en train d’interpréter. C’est ce qu’il choisit de faire dans « Mon p’tit gars », et ça marche. Je vois les regards maintenant se tourner vers lui. La magie prend : ce n’est plus un chanteur qui veut qu’on l’écoute, c’est maintenant un jeune père qui parle à son p’tit gars qui dort pas.

Un homme d’une cinquantaine d’années est venu me trouver après :

— C’est vous qui vous occupez de lui ?

— Oui…

— Pourquoi vous lui faites faire des choses comme ça ? Ce garçon mérite beaucoup mieux que de chanter ici, quand même… Il lui faut une vraie scène ! Pas un bar !

— Mais c’est lui qui veut !

— Ah bon ?

Il a pris les coordonnées du Théâtre Darius Milhaud pour venir le voir un samedi.

Une femme, la soixantaine, me semblait être du métier. À cause de sa façon, justement, de regarder et d’écouter Lionel. Pas gênée par la proximité, ouvertement embarquée dans le jeu, séduite sans résistance superflue, le jugement pas altéré pour autant.

On l’a croisée un peu plus tard. Effectivement une ancienne professionnelle. Attachée de presse, je pense. Elle n’a pas voulu en dire trop. Juste assez pour nous permettre de contacter en son prénom un professionnel connu. Elle a aussi et surtout eu une phrase qui a beaucoup touché Lionel :

— Quand on vous voit chanter, on a quelque chose qui s’allume dans la tête. Continuez, accrochez-vous…

Vous me direz, conseiller à Lionel de s’accrocher, c’est un peu dire à une moule de se cramponner à son rocher… Sans vouloir être désobligeant pour les moules.

Nous sommes arrivés à Bordeaux avec plus de deux heures de retard. Á 16h32. Notez-bien : 16h32. Et réfléchissez maintenant que notre train du retour à Paris était prévu à 16h32. Et que lui, bien sûr, à l’heure, nous a filé sous le nez. Nous sommes encore en retard. Parce que c’est pas le tout qu’un train soit à l’heure, encore faut-il être dedans.

Le train où vont les choses, c’est tout comme. Le tout c’est d’être dedans.

Portez-vous bien ! Et, à partir de maintenant, n’oubliez pas de prendre de préférence les IDTGV qui embarquent Lionel…

Quentin

P.S : merci de marquer dans vos agendas que le spectacle « Toutes les chansons ont une histoire », co-écrit avec mon ami Frédéric Zeitoun, sera rejoué au Palace le lundi 22 novembre, et qu’il est prudent de réserver dès maintenant. (Le Palace 8 rue du Faubourg Montmartre 75009 Paris - Réservation par téléphone : 01 40 22 60 00).

Si je vous disais l'été...

Si je vous disais l’été de Lionel Langlais, ce serait sans vous parler de vacances. Ou alors seulement pour vous dire une semaine mi-août aux Sables-d’Olonne. Et encore, sans que Lionel Langlais se baigne ! Pas qu’il déteste l’eau, ou la nage, mais pas la tête à ça. Il en avait même oublié le maillot de bain dans l’armoire à Montreuil…

Finalement, tout bien pesé, c’est au Théâtre Darius Milhaud, qu’il s’est passé l’essentiel à retenir de l’été de Lionel Langlais.

C’est que tous les samedis — comme il le fera encore toute cette année d’ailleurs — il devait y chanter. Et que c’était comme une invisible attache qui l’empêchait de trop s’éloigner, physiquement et surtout mentalement, du théâtre.

Et chaque samedi de juillet, il donna deux spectacles. En soirée, à son horaire habituel, dans la petite salle. Mais aussi en matinée, à 16h, dans la grande.

Je suppose, au passage, que l’expression « en matinée », qui a cours encore dans le milieu du spectacle pour parler de l’après-midi, est une allusion pas du tout voilée aux artistes qui, de réputation, se couchent si tard que le midi leur paraît l’aube et le soir la demi-journée.

L’initiative des matinées est venue du Darius Milhaud en partenariat avec la Mairie de Paris. Il s’agissait de permettre à des gens socialement pas très favorisés de « sortir » à moindre coût.

Quatre samedis de suite, ça s’est pressé à l’heure dite devant l’entrée de la grande salle. J’étais très heureux. Pour Lionel, bien sûr, mais aussi pour tous ces gens dont je savais ce qu’ils allaient découvrir.

D’ailleurs c’est peut-être ça, le moment que je préfère : quand des gens qui n’ont jamais vu Lionel attendent d’entrer dans la salle, puis s’y installent. J’adore ça. Comme on adore regarder les enfants s’approcher du sapin.

Y a de ça, au fond, chez toute personne qui vient au spectacle. Elle vient y trouver ce « petit quelque chose », ce léger « je ne sais quoi », ce « presque rien », qui vous change la vie rien qu’en changeant le regard que vous posiez sur elle.

Comparé à cet insaisissable supplément d’âme qui fait ressembler les spectateurs à des enfants, il faut convenir que le « divertissement » est un vulgaire dérivatif. Et l’artiste doit assumer cette grandeur ou cette petitesse, selon le camp qu’il aura délibérément choisi. La noblesse n’est pas dans le choix, mais dans la façon de l’assumer.

Il faut louer à juste titre la prétention à divertir ses contemporains, c’est beauté que de le vouloir, c’est grand mérite que d’y parvenir. Il n’empêche que la volonté de distraire ne participe pas de la même ambition que la volonté de changer la vie.

Affirmer que le public vient au spectacle pour se changer la vie plus que pour se changer les idées, c’est une affirmation qui relève de la croyance, plus que de la matérialité des faits, me diront ceux qui observent les chiffres des audiences médiatiques et les taux de remplissage des salles de spectacle.

Je suis très sensible à cet argument. Et d’autant que j’ambitionne pour Lionel une audience la plus large possible. Mais j’observe aussi combien il serait difficile à notre époque de trouver un artiste de la chanson — art populaire par excellence — capable de parler de son ambition artistique comme un Fabrice Lucchini ou un Michel Bouquet en parlent pour l’art du théâtre.

Tout à fait de son temps, Lionel en subit des préjudices : il a du mal à assumer cette même ambition. Et c’est pourquoi, dans son ombre, je suis très actif à le décomplexer tout à fait. Je le pousse, plus que de raison, à vivre intensément sa passion de la vérité, son exigence d’authenticité. Je l’assure, de toutes mes forces, que le public attend des artistes de la chanson d’aujourd’hui ce qu’il en attendait hier et que les plus grands lui ont toujours donné.

J’ai été plus que content cet été, pensez donc, de voir ce public, ces gens, venir si nombreux à la fin du spectacle dire à Lionel et Guillaume leur gratitude. De voir Lionel et Guillaume entendre ces jours-là ce que les plus grands ont un jour ou l’autre entendu du public qui, lui, ne s’y trompe jamais. Lionel et Guillaume ont été regardés comme on a toujours regardé les vrais artistes.

J’ai vu Lionel un peu ébranlé. Notamment la fois où, en plein spectacle, il a dû s’interrompre, et attendre plusieurs minutes avant de pouvoir commencer une chanson. Le public lui parlait, l’empêchant de chanter. Des voix s’élevaient dans la salle, une à une, pour lui dire « vous êtes un grand ! », « merci, mille mercis ! », « vous allez l’avoir, le gros camion ! ».

Je n’avais vu ça que deux fois. Avec Brassens, et avec Barbara.

Et j’étais heureux. Très heureux. Pour Lionel. Oui, bien sûr. Comme je l’avais été pour Brassens et Barbara.

Mais pour le public surtout.

Au fond c’était les mêmes gens. À ce moment là du spectacle, c’était les mêmes gens. Des enfants devant le sapin. Et qui croient qu’ils croient au père Noël. Alors que c’est tout au fond d’eux l’âme qui tressaille et s’émeut de ce que la vraie vie c’est beau.

Le drame de la chanson d’aujourd’hui, c’est que les artistes ne croient plus au Père Noël.

Quand je l’ai rencontré, Lionel n’osait plus trop y croire, au Père Noël. Se serait presque excusé d’en être encore là. Aujourd’hui la petite flamme presque éteinte est devenu un feu flambant. Un sacré feu. Approchez-vous de Lionel juste après un spectacle, vous en sentirez physiquement les effets.

Je pense tout de suite à la dame qui est venue me voir juste après l’avoir approché, justement. Elle était très en colère. Et elle m’a fait rire. Elle trouvait incroyable que Lionel ne soit pas encore connu. « C’est insupportable ! On a envie de hurler ! On est là, au Darius Milhaud, on a envie que tout le monde le connaisse, on peut rien faire, c’est insupportable ! ».

Oui elle m’a fait rire. Et je l’ai assuré qu’un jour Lionel serait reconnu, évidemment, forcément, qu’il fallait seulement laisser le temps au temps…

Elle m’a fait rire.

N’empêche qu’aujourd’hui c’est à elle que je repense quand je repense à l’été de Lionel Langlais. C’était beau, cette colère de la dame. Une heure avant, elle ne connaissait pas Lionel. Et à peine elle l’avait découvert, elle voulait déjà le partager. Comme on fait avec le bon pain, quand on pense aux autres et qu’on sait qu’ils ont faim.

Est-ce que je devrais un jour moi aussi me mettre en colère ?

J’espère que non.

On verra.

Quentin

Si je vous disais la première télé...

Si je vous disais la première télé de Lionel, ce serait évidemment pour vous raconter la fois toute récente où Lionel est allé sur IDF1 chanter le « Chat looké matou rappeur » en direct.

Au départ, c’est un ami de Lionel qui lui parle de cette émission. Persuadés que toute expérience est bonne à prendre, nous décidons de postuler via la procédure en place sur le site de la chaîne. Ce qu’on voit dans cette opportunité, c’est d’abord et surtout la possibilité pour Lionel de se coltiner une situation inédite pour lui.

Car un artiste de la chanson doit apprendre trois métiers sans trop de rapports entre eux :

— la scène

— le studio d’enregistrement

— la télé

Trois univers différents, trois ambiances, trois façons de rencontrer le public, trois occasions de se donner à qui veut l’entendre.

Je ne sais rien de plus éloigné de l’art hautement sensible de la chanson que l’atmosphère d’un plateau de télévision. Les matériaux, les techniques, les gens, tout y est étrangement loin du monde. Seule comparaison que je trouve : l’hôpital.

Comme un jour ou l’autre t’as été ou tu iras à l’hosto, tu vas me comprendre…

Remarque, je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça : j’ai aimé l’hôpital. Que des gens nuit et jour aux grands soins pour moi, et rieurs quand j’avais envie de rire, et doucement gentils quand j’étais moins gai, et toujours là…

Je supporte pas qu’on dise du mal de l’hôpital.

La bouffe, je dis pas. La bouffe, on est d’accord, c’est pas nommable. Tu regrettes de pas être un animal : tu pourrais au moins espérer de temps à autre une pâtée pour chiens. Une fois, je me souviens, j’avais dans mon assiette une tomate. Presque entière et, surtout, épargnée par la gélatine qui servait de vinaigrette. Enfin j’allais pouvoir manger quelque chose que mon corps identifierait : une tomate. La tomate était dégueulasse !! Mais pas dégueulasse comme une tomate pas bonne !! Dégueulasse comme une tomate ne peut pas être dégueulasse. Comme y a pas de mots pour le dire. Cette tomate n’était pas une tomate !

Au bout d’une semaine j’avais compris : la bouffe faisait partie de la thérapeutique. Evidemment. On s’occupe de toi, on te soigne, on te cajole, on te protège à l’excès, si la bouffe était de la nourriture, on s’en sortirait comment ? On n’arrêterait pas de se fabriquer des fausses maladies, rien que pour y retourner, à l’hôpital ! On voudrait jamais en sortir, on y passerait sa vie !

Justement, en allant au studio de la télé, on a longé l’hôpital Robert Debré. Lionel est au volant. Tendu. Dans un silence qui te défie de la ramener. Je déteste les silences tendus : évidemment je la ramène. Pour dire, comme parlant tout seul : « en ce moment y a forcément un gamin qui s’apprête à passer un scanner »…

— Pourquoi tu dis ça ?

— Quoi…

— Qu’en ce moment y a sûrement un gamin qui passe un scanner !

— Je sais pas…

C’est mon instinctive manière de dénouer les nœuds mouillés de l’angoisse. Depuis tout gamin. Quoi qui se passe, ça pourrait toujours être pire. À un pauvre type tout prêt de mourir et qui en serait effrayé, je serais capable de balancer « et encore, c’est rien, on est dimanche… ç’aurait pu être pire, t’aurais pu mourir un lundi… ».

Un artiste capable de se calfeutrer à double tour dans son trac, alors que tu viens de lui mettre en tête l’image d’un gamin allongé terrifié tout seul dans son tunnel à scanner les tumeurs, me dis pas que cet artiste est un artiste. Me dis pas qu’il peut légitimement prétendre faire son boulot, soulager ses contemporains de leurs angoisses jour à jour. Ce serait comme essayer de me convaincre qu’un poltronneux pourrait m’initier à la chasse aux lions.

En tout cas, Lionel, le coup du scanner - la surprise passée et l’image ayant fait son chemin - ça l’a détendu. Il était même quasiment serein quand on est arrivés au studio.

Un jeune mec nous a pris en charge. Qui m’a rappelé le jeune mec qui m’avait pris en charge juste avant l’entrée au bloc opératoire. En moins sérieux quand même. Mais avec les mêmes attentions, les mêmes arguments : « …de toute façon tout le temps de l’émission je serai là, et ne vous en faites pas, tout va très bien se passer… ».

Lionel découvre un plateau de télévision. Lumière crue, décor de pacotille et couleurs qu’on voit que sur des gâteaux américains.

Il découvre aussi combien tout est mesuré à la télé, le temps chronométré à la seconde et l’espace cadré au centimètre. Il sera interviewé par Jacky himself en personne. Devra regarder la caméra 2, celle du fond sur sa gauche, pour la première partie de l’interview, mais bien se concentrer sur la 3 juste en face dans la deuxième partie.

Au bloc aussi j’avais senti ça, que le temps et l’espace étaient comptés. Et noté les écrans de contrôle partout. Tout sous contrôle, pour le grand direct…

On a fait un essai son. Lionel s’est mis en place et les souris ont déboulé maboules en poussant leur cri dans les refrains du « Chat ». Le réalisateur en a profité pour répéter lui aussi ses cadrages et ses va-et-vient. On a suggéré à Lionel un deuxième essai possible, juste pour le confort, et j’en ai profité pour lui déconseiller le petit saut en arrière pendant le cri, très efficace sur scène mais visiblement inutile à l’écran.

C’est en allant au maquillage qu’on a croisé Jacky dans un couloir. Il était accompagné de Lafesse, que Lionel n’a pas du tout reconnu. En fait ils s’apprêtaient à enregistrer une autre émission avant le direct ; d’ailleurs avec une poule mascotte, ce qui nous expliquait la présence du petit poulailler sous l’escalier à côté de la machine à café.

Lionel maquillé et costumé, il nous restait presque deux heures à tuer avant le décompte cinq… quatre… trois… deux…

Je m’étais attendu à un décompte avant le direct au bloc. Comme pour ma hernie opérée à vingt ans. Un vrai décompte, à voix haute, et qui partirait de dix. J’étais pas arrivé à quatre, je me souviens, pour ma hernie. Mais cette fois, rien. Juste le gars me demande comment je me sens… « Pas très bien », je dis. Et, c’était vrai, j’avais l’impression que j’allais avoir un malaise, perdre connaissance…

Je ne croyais pas si bien dire : je perdais ma connaissance. Sans compte à rebours, rien, sans qu’on me prévienne. Pas correct, j’ai trouvé. J’aurais pu avoir l’envie de dire quelque chose avant de partir, après tout. Arrêter le compte à rebours, juste avant le zéro, et dire au revoir à des gens que j’aime, laisser un mot à leur transmettre, je sais pas, dire quelque chose, quelque chose encore, un dernier mot merde !

Encore aujourd’hui, ça et la tomate, j’ai pas compris.

Pendant le compte à rebours, Jacky et sa co-présentatrice discutaient comme à l’apéro d’une bouffe tranquille dans un restau pépère. À peine croyable. Apparemment, c’est la grande différence entre les gens de télé et les chirurgiens. Pour le reste tout pareil. Précis, efficace, tout comme prévu, avec le sourire, changement de costume après, voiture sur le parking et retour à la vraie vie comme si rien s’était passé…

Quadruple pontage quand même !! Y s’est pas rien passé ! Et première télé de Lionel Langlais !! S’est-il rendu compte le Jacky ? Et mon chirurgien ? A-t-il aujourd’hui enfin réalisé qu’il a opéré le manager de Lionel Langlais ?

Ça me fait penser : on n’a toujours pas la réponse d’André Vingt-Trois… Vous vous souvenez ? Concernant la possibilité que Lionel soit managé dorénavant par Quivousavez…

Rien au courrier, pas d’allusions marquantes dans les homélies à Notre-Dame… J’ai tendance à penser qu’il a refilé le dossier à Benoît… Du coup j’écoute Benoît… Tout ce qu’il dit… C’est incroyable ce que ça peut causer un pape !!

Je vous tiens au courant…

Quentin

Si je vous disais la demi-finale...

Si je vous disais la demi-finale ZicMeUp, par première urgence ce serait d’abord pour présenter mes excuses les plus aplaties à ceux qui auraient, à la demande de mon dernier billet et jusqu’au résultat de la course, tout le mardi après-midi suspendu leur respiration.

Par chance aucune victime n’est à déplorer, même si nous devons tout de même signaler une hospitalisation avec placement pour quelques heures en caisson isobare. La victime a pu dès le jeudi rejoindre les siens, sans toutefois les reconnaître puisque affligée de troubles de la mémoire dus à son apnée trop prolongée. Les médecins contactés – nous ne voulons pas le cacher – nous ont aussi fait part de leur crainte quant à la haute probabilité d’une légère « détérioration intellectuelle ». En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que la victime apparaisse au fil des jours touchée d’une débilité assez profonde dans la mesure où, aux dires de tous ses proches, elle était dès avant l’accident déjà notoirement très conne.

Nos regrets sont doubles. D’abord parce l’incontestable performance de la victime, qui a explosé de plusieurs heures le record 2009 d’apnée statique, n’a malheureusement pas pu être homologuée par l'AIDA (Association Internationale pour le Développement de l'Apnée). Ensuite et surtout parce que Lionel n’a pas accédé à la finale ZicMeUp, rendant du coup le sacrifice respiratoire de cette sympathique supportrice totalement vain, limite ridicule.

Comment expliquer cet échec de Lionel ?

Je vous entends d’ici, chères fidèles lectrices et chers fidèles lecteurs, unanimement juger sans pourtant y avoir assisté, que le concours était forcément truqué. D’autres estimeront sans doute que Lionel étant naturellement le seul talentueux dans cette foire, il a dû s’en retrouver tout aussi naturellement et quasi d’office l’éliminé. Et de citer cette authentique anecdote de Charlie Chaplin alors en pleine gloire participant incognito et pour s’amuser à un concours de sosies de Charlot : non seulement personne ne l’avait reconnu, mais il ne gagna pas le concours et de loin !

Chères amies et chers amis, j’ai moi-même, après l’annonce des résultats, cité cette anecdote à Lionel pour le réconforter. Je peux donc facilement vous comprendre.

Il n’en reste pas moins que nous ne devons pas nous contenter de tels expédients psychologiques. Ni non plus proférer des accusations graves sur la probité du jury, l’honnêteté du règlement ou le talent des concurrents. Je vous demande donc une retenue digne de notre artiste, surtout dans la mesure où, patron de ce blog, il est juridiquement responsable des propos qui s’y tiennent…

C’est en voyant Lionel s’éloigner bizarrement – du pas de Charlot – vers son métro, que j’ai pris la décision d’aller réfléchir à deux fois au déroulement de cette demi-finale.

Il me fallait un lieu de silence. Le Sacré-Cœur n’étant pas loin, je résolus de m’y rendre. Nonobstant l’heure tardive, d’en bas les touristes semblaient grappiller les marches pour s’engouffrer dans la basilique comme des fourmis dans un gros gâteau. Le funiculaire en panne, je suis parvenu en haut dans l’état d’un marathonien en bout de course. La bave au menton ajoutée à la rage intérieure prête à déborder du vase d’une journée à la con, les fidèles ont pu croire une sainte colère déboulant : tout ce monde parasite s’envola comme affolés moineaux d’une volière et je me retrouvai presque seul avec les saints, les anges et tout le gratin des intelligences du ciel. Je résolus de leur poser LA question : pourquoi le jury n’avait pas aujourd’hui jugé Lionel Langlais digne de participer à une finale ?

Il me fallut repasser toutes sortes de détails en revue : les votes payants du public sur le site, le classement en résultant et qui s’ajoutait pour moitié à la note du jury, la tenue de Lionel débarquant dans le concours en son costume de scène, la chanson qu’il avait choisie, son interprétation réaliste, les deux jurés indifférents se partageant un paquet de frites…

Comme il faut toujours s’y attendre en ce genre de lieu hautement inspiré, la réponse me tomba abruptement des voûtes pour me parvenir en intime évidence :

— Vous vous êtes trompé de chanson. La chanson gagnante, c’était « Le chat looké matou rappeur ». Tu es un mauvais manager !!!

La sentence était tellement inattendue, imprévue, que j’ai tout de suite quitté l’endroit en me demandant sérieusement si, après tout, les saints, les anges et les célestes intelligences, même réunis en conseil, étaient les mieux avisés en matière de concours de chansons.

Mais la voix intériorisée agissant comme un ver dans une pomme, à peine rentré chez moi j’étais convaincu : j’étais un mauvais manager.

Je mets la télé pour cesser de réfléchir et me divertir de cette inutile culpabilité en tête.

Je tombe sur un reportage qui m’apprend que l’église catholique lance une campagne pour susciter des vocations de prêtre en proposant à des jeunes de prendre Jésus pour « boss ».

J’ai tout de suite écrit à Monseigneur André Vingt-Trois pour lui demander si Lionel pouvait, sans du tout risquer le blasphème, prendre Jésus pour manager !

J’attends la réponse.

Quentin

Si je vous disais le vrac...

Si je vous disais le vrac, ce serait façon de poser le sac à confidences, de l’ouvrir devant vous et de vous en donner quelques-unes à la comme-ça-vient.

Bien sûr - je le sais - vous êtes, depuis le 21, nombreux à vous demander si Tartempion est finalement venu asseoir ses professionnelles oreilles au Théâtre Darius Milhaud.

La réponse est… Non. Non, je ne puis vous donner la réponse tout de suite, les paris devant statutairement demeurer ouverts jusqu’à la conclusion de ce billet et l’officielle fermeture par un huissier de Mongenoux (Cher), huissier présentement à mes côtés, et que je remercie d’ailleurs pour cet in extremis rappel au règlement dont l’infraction aurait pu - si j’en crois sa tête encore entrouillée - m’entraîner dans une interminable mésaventure juridique. Je rassure donc les retardataires : il leur reste quelques minutes avant de se prononcer. Les autres n’ont qu’à directement se rendre à la sortie où la réponse leur est d’ores et déjà donnée dans une phrase écrite à l’envers pour ne perturber en rien le déroulement du scrutin encore en cours.

J’ai eu, depuis le dernier billet, deux autres rendez-vous : le premier dans un label, le second dans une maison d’éditions.

Le premier aurait pu avoir lieu dans un bureau de poste puisqu’il a consisté à remettre un dossier à quelqu’un qui m’a, sans du tout le consulter, assuré qu’il le remettrait à quelqu’un d’autre. J’ai économisé un timbre, vous me direz. Je précise tout de même que j’avais avec cette personne un rendez-vous pris depuis presque une semaine.

Félix Leclerc, chanteur québécois aujourd’hui décédé, le Brassens de là-bas, a écrit un jour que la pire façon d’humilier un homme, c’était de le payer à rien foutre. C’était peut-être ça, ce petit air qu’il a eu de me prendre pour un con : la compensation hautement refoulée d’une inutilité bien salariée…

Le deuxième rendez-vous fut un vrai rendez-vous. Avec quelqu’un qui vous attend à l’heure dite, qui s’assoit après vous, qui vous écoute et vous raccompagne avec un dernier sourire juste avant le clap de fin.

Les associés du « Groscamion » se souviendront de qui il s’agit, si je leur rappelle le gars d’une maison d’édition qui devait venir en décembre au Théâtre un lundi, et qui s’était décommandé au dernier moment…

Que les fans de Lionel ne se lancent pas dans une sanguinaire chasse à l’homme, le gars en question avait alors poliment prévenu de son absence et m’avait même prié de bien vouloir l’en excuser !!!

Il me reçoit justement parce qu’il s’en veut encore d’avoir commis ce qu’il appelle une « incorrection ». Il m’est sympathique. D’emblée. On est en contact depuis deux ans, date à laquelle je commence à lui parler de Lionel rencontré depuis peu.

Elbé - appelons-le Elbé - que je vois donc pour la première fois, a le privilège d’occuper un bureau dans une mythique maison d’éditions.

Nous allons nous parler un peu plus de 50mn. Il a écouté le master de l’album une semaine avant le rendez-vous et m’a précisé au téléphone qu’il souhaitait me rencontrer mais sans envisager du tout une collaboration avec Lionel.

Quelque chose le gêne chez Lionel. Son « enthousiasme », il dit au téléphone. Un « détail discriminant », il ajoute. Je veux être sûr de bien comprendre. On discute. Je comprends : il juge que la différence de Lionel, le détail qui fait la différence, qui démarquera ceux qui l’aimeront de ceux qui ne l’aimeront pas, c’est « l’enthousiasme ».

Et alors ?

Eh ben, lui, Elbé, ça le dérange. Et sans le toucher. Alors ça fait que ben non.

Voilà où on en est quand j’arrive dans son bureau.

Il n’imagine pas, je pense, que j’ai encore en tête de défendre Lionel, puisque d’une part Lionel n’est pas attaqué et que d’autre part l’argument d’Elbé est de ceux qui ne se discutent pas.

C’est la première fois que je mets les pieds dans cette légendaire maison d’éditions.

Il m’arrive dans ce bureau une émotion et un sentiment que je ne veux pas exprimer de face et sans fard à Elbé. Ce serait trop violent. Ce gars est honnête, encore jeune, semble connaître son métier, même si, comme je le lui dis, il est de mon point de vue plutôt en train de faire une « connerie ».

Je réfléchis, en lui parlant, à la meilleure manière de lui servir en mots ce que je ressens si intensément. C’est au fond le sentiment que cette maison d’éditions c’est la maison de Lionel, qu’il est ici chez lui. Qu’il est un artiste, enthousiaste ou pas, qui s’inscrit dans le patrimoine et que cette maison étant la maison du patrimoine, Lionel s’y trouve naturellement à sa place.

C’est une intime conviction. C’est pourquoi mon propos a vite l’air d’une plaidoirie. C’en est une.

J’ai obtenu d’Elbé qu’il fasse écouter le master au patron. Et il a conclu en convenant qu’il lui faudrait certainement venir voir un jour ou l’autre Lionel au Darius Milhaud.

C’est beaucoup.

Je ne sais pas ce que nous donnera la suite, mais je suis effectivement sorti de cet entretien avec la satisfaction d’un avocat qui a honnêtement défendu une cause, donc une justice, donc une vérité.

C’est précisément en cela que Lionel est un « grand » ; quand vous le défendez, à un moment ou à un autre, vous être conduits à défendre une vérité. C’est le propre des grands. Qu’ils soient chanteurs ou non.

Depuis maintenant assez longtemps dans ce métier, il m’est quelquefois arrivé de me demander ce que j’aurais fait si j’avais connu un « grand » à ses débuts : Piaf, Montand, Brel, Nougaro, Bécaud, Barbara, Brassens, Ferré, Béart, Aznavour, Ferrat, Gréco, Sardou, Renaud, Souchon…

Aujourd’hui, je sais.

À propos : à la mort de Ferrat, j’ai entendu Drucker dire que « le dernier des grands » venait de nous quitter.

Béart, enterré vivant depuis longtemps, n’est plus à une pelletée de terre près. Aznavour, je suis moins sûr qu’il ait apprécié. Gréco, je vous dis pas.

Et alors les Sardou, Souchon, Jonas, Leforestier, Sanson, et tous les autres, bande de petits, fallait naître plus tôt, ou mourir avant.

Pour tous les plus jeunes, y a juste à attendre qu’il meure, le Drucker. Ou qu’il rencontre Lionel Langlais ! Ce qui aura pour salutaire effet de lui remettre à zéro le compteur à grands .

On reparlera de tout ça. C’est sûr.

En attendant, pour finir le vrac, je veux vous dire que Lionel participera mardi qui vient, le 4, à la demi-finale ZicMeUp. L’intéressant, c’est que pour l’occasion et pour la première fois, il chantera sur bande-orchestre, sans guitare, à mains nues !! La chanson choisie : « Les mots de trop ».

On est prié de retenir sa respiration mardi après-midi. Merci.

À noter que les associés du label Legroscamion Prod se sont réunis le 12 avril au soir. Ils ont assisté en exclusivité à une première mondiale : Lionel accompagné par Guillaume au violoncelle et Simon à la guitare.

Lecteur qui passe, et qui s’arrête, et qui revient, et qui découvre Lionel et qui va l’aimer, tu dois beaucoup aux associés du « Groscamion »…

J’en profite pour signaler que nous ne pouvons pas, ni Lionel ni moi, envoyer d’infos par mails à notre fichier public. En effet, le serveur Orange semble avoir des difficultés et les envois par listes de diffusion sont impossibles. N’hésitez donc à vous prévenir les uns les autres, à faire circuler les infos glanées ici ou là.

Je rappelle que Lionel chante le mercredi au Darius Milhaud jusqu’à la fin juin.

Enfin et pour vraiment finir, juste un petit lien qui vous mène à l’avis tout frais d’un libraire de Vincennes (librairie Millepages) sur mon roman récemment paru « Vincent Garbo ».

Portez-vous bien.

Quentin

Attention : ici les paris sont clos. Réponse au jeu « Tartempion » :
!! unev sap tse’n noipmetraT

Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*...

Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*, il me faudrait avant tout prévenir les âmes sensibles et les esprits anxieux : nous entrons dans un univers très à part, comme un monde déboussolé, qui aurait perdu le nord, où les objets tomberaient en l’air et les escaliers descendraient vers le haut.

Par exemple, imaginez : vous recevez un coup de téléphone d’un directeur artistique – appelons-le Tartempion* – qui en substance vous dit: « j’ai écouté votre artiste, j’aimerais le rencontrer, demain c’est possible ? ».

Qu’en concluez-vous ? (Prenez le temps de réfléchir, il y a un piège…)

Vous pensez que Tartempion* est intéressé par votre artiste, et ce d’autant plus que les directeurs artistiques évitent habituellement de rencontrer les artistes trop tôt, en tout cas pas si vite, et pas avant d’être sûrs qu’artistiquement au moins ils les approuvent ?

Oui, dans un monde normal, vous auriez raison.

Mais vous êtes tombé dans le piège !! Il fallait transposer le problème dans un monde à l’envers !

La preuve en images :

Lionel et moi, nous sommes arrivés pile à l’heure au rendez-vous. Il nous a donc fallu attendre un bon quart d’heure avant de voir venir Tartempion*. Qui nous dit qu’il va nous falloir encore attendre un peu, puisqu’il est descendu de son troisième pour faire une pause cigarette sur le trottoir. Ancien fumeur, Lionel peut tout à fait comprendre la narco-dépendance et les petites impolitesses qu’elle peut entraîner.

C’est un autre détail qui l’a dérangé, Lionel : le gars lui a serré la main sans du tout le regarder.

Je rappelle à Lionel, qui met pour sa toutoute première fois les pieds dans une maison de disques, qu’il ne convient pas de juger, dans ce monde-là, les situations selon les critères habituels. Ainsi, le fait qu’il ne l’ait pas zieuté, signifie sans doute que ce garçon lui porte un intérêt tout particulier et une estime si haute qu’elle lui interdit le vis-à-vis normal de deux personnes se saluant.

Sa cigarette avalée, Tartempion* nous conduit jusqu’à son bureau. Il s’installe, nous nous asseyons, et on le regarde décrocher son téléphone pour engager une conversation qui elle ne nous regarde en rien. Sa conversation raccrochée et toujours sans du tout nous parler, il se met face à son ordinateur pour apparemment répondre à des mails.

Lionel se tourne vers moi, le teint pâli. Ses sourcils étonnés me demandent si j’ai sérieusement l’intention de faire confiance à ce rigolo. D’un sourire tranquille, j’essaie de lui signifier qu’au contraire, ce jeune homme se révèle pour le moment un très poli directeur artistique, dans la mesure où, aucun son n’étant encore pour nous sorti de sa bouche ni aucun geste agressif de son corps, on ne pouvait logiquement rien déduire de ce rien !

Enfin Tartempion* nous fait face. Presque brusquement. Il veut sans doute par là provoquer chez nous un effet de surprise :

— Alors ? Qui es-tu ? – on va se tutoyer, si tu permets – d’où tu viens, pourquoi tu fais de la chanson, depuis combien de temps… je t’écoute…

Lionel, en mots calmes, tente de justifier comme il peut sa présence en ce monde à l’envers où il a manifestement l’intention d’entrer puisqu’il se prétend « artiste ».

— Très bien, alors maintenant choisis trois de tes titres…

Lionel, sûrement se disant qu’on va jouer à quelque chose, choisit, dans l'ordre : « Toutes les hommes sont belles », « Le gros camion » et « Y a des jours ».

On les écoute.

J’en profite pour mieux envisager l’endroit, le bureau, l’ambiance…

Ça me ramène dans un bureau de flic. J’étais ado, et on m’avait piqué mon vélo. C’était y a quarante ans dans une petite ville de province. Une époque et un lieu où des flics pouvaient encore prétendre retrouver des vélos volés. La moindre des choses, pour qu’on me retrouve mon vélo, c’était de le décrire avec des précisions permettant de l’identifier à coup sûr. Comme il me fallut en détails accablants décrire un vélo sans freins, sans garde-boue, sans lumières, ma déposition fut une somme d’aveux qui me transformèrent de plaignant en prédélinquant. Autant de procès-verbaux qu’il fallut régler une fois le vélo retrouvé…

Mais pourquoi ce gênant souvenir dans le bureau de Tartempion* qui m’a de lui-même demandé de venir après avoir écouté six titres de Lionel sur myspace ?

— Quel est le point commun entre ces titres ?

Comme depuis le début de l’entretien Tartempion* a fait le choix de totalement ignorer ma présence, sa question s’adresse évidemment à Lionel.

— Le point commun, c’est moi…

— Hum… non, je veux dire… sérieusement…

— Sérieusement, c’est moi !

C’est là que Tartempion* enfin se lâche :

— Eh bien, il n’y a pas de points communs ! D’ailleurs, qui est Lionel Langlais ? Moi je n’entends pas Lionel Langlais !...

S’ensuivent des réflexions très sûres sur la banalité des textes (cela dit sans me regarder alors qu’il sait que j’en suis l’auteur) sur le timbre pas intéressant de Lionel, et enfin sur le peu d’originalité du projet dans son ensemble.

Lionel, ses narines d’un coup dilatées, évidemment réagit, un index braqué en flingue, manifestement oublieux de ce que dans le monde à l’envers où nous sommes Tartempion* vient en fait de lui adresser de beaux compliments :

— Vous m’avez fait venir, vous m’avez dérangé, pour me dire ça ??!!

Pour la première fois, l’autre me sourit, se cale dans son fauteuil, regard plissé :

— Humm…. Il est agressif… c’est bien ça… de la personnalité…

— Faut comprendre… je dis en abaissant le flingue de Lionel. Il croit que vous n’aimez pas ce qu’il fait… !

— Ah ! Mais non ! sursaute heureusement Tartempion*, tu as du talent !! C’est indiscutable, et tu es à ta place ! Seulement voilà…

— Seulement voilà quoi ? fait Lionel ahuri.

Le rendez-vous aurait pu durer trois jours, on n’en saurait pas plus aujourd’hui. Seule certitude : il est convenu que Tartempion* viendra écouter Lionel au Darius Milhaud le mercredi 21 avril !

Pour les curieux qui voudront voir ça, un petit truc pour bien identifier le monsieur : c’est le seul qui n’applaudira pas pendant toute la durée du spectacle. Encore fois, n’allez surtout pas me l’agresser, c’est normal !! N’y touchez pas, c’est un professionnel !! Et, attention, n’allez pas in extremis tomber dans le deuxième panneau : s’il quitte la salle juste un peu avant la fin, sans demander son reste et avec l’air très très mécontent d’avoir salopé une heure précieuse de son temps ultramégasurbooké, c’est le très bon augure d’une signature possible !!!

Deuxième cas, histoire de vérifier que vous avez vraiment bien pigé le truc :

Un autre directeur artistique d’un gros Label, m’appelle pour me dire : « je suis Bidule*, je vous appelle de la part de Trucmuche*, merci de me rappeler ». Bidule* veut me voir, on fixe le rendez-vous pour le lundi suivant.

Vous avez le choix entre deux hypothèses :

1- Bidule*, avant de m’appeler, a évidemment écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il est intéressé, me propose un rendez-vous qui, par le fait, se présente sous les meilleures auspices dans la mesure où je ne l’ai même pas sollicité !!! Et Lionel, déjà de nature optimiste, a pour le coup de raisonnables raisons de s‘attendre à une très bonne nouvelle…

2- Bidule*, avant de m’appeler, n’a évidemment pas écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il n’a rien de mieux à faire, me propose un rendez-vous auquel je me rends. Bidule* met le master dans la fente de son ordi et s’en va sur l’écran du même ordi lire le blog où présentement vous êtes. Au bout de trois chansons (les « directeurs artistiques » écoutent toujours trois titres à cause « du Père, du Fils et du Saint-Esprit » qui les guident dans leur dur métier), Bidule* me dit : « Lionel Langlais, c’est vachement bien fait, dans le genre, mais alors, c’est pas du tout, mais pas du tout mon truc… Par contre, le blog, j’adore !! »

À votre avis ? Que s’est-il réellement passé ??

Comme je vous sais très joueurs, je mets en jeu des places gratuites pour le concert de Lionel qui, j’attire votre attention, prolonge au Darius Milhaud jusqu’à la fin juin, mais le mercredi !!

Dans la foulée, j’ouvre un autre pari : la présence de Tartempion le mercredi 21 avril au Darius Milhaud. Deux indices seulement : 1) il a, devant Lionel et moi, inscrit le rendez-vous dans son agenda 2) ça se passait dans le monde à l’envers…

Les gagnants auront une place offerte, à une date de leur choix, pour un concert de Lionel au Darius Milhaud.

J’ai d’autres rendez-vous dans la semaine qui vient.

Je vous dirai tout…

Quentin

PS : les noms marqués d’un * ont été modifiés afin de protéger l’identité réelle des authentiques protagonistes de ces faits d’hiver. J’en profite pour rappeler qu’une grève de la faim d’une demi-heure a été lancée pour le 26 juin à 15h par « Directeurs Artistiques Sans Frontières » : bonne occasion de se souvenir qu’il s’agit là de l’une des professions les plus exposées au monde, si l’on veut bien tenir compte du nombre de barges qui se croient chanteurs ou chanteuses, au prétexte qu’au berceau leurs parents se précipitaient avec un biberon dès qu’ils en poussaient une…

RePS : si vous comptez venir tous le 21 avril, faudrait me le dire dès maintenant : faut que je loue l’Olympia !!!

Si je vous disais mes rendez-vous...

Si je vous disais mes rendez-vous, ce serait pour vous livrer mes confidences sur deux rencards que je viens d’avoir, l’un jeudi, l’autre ce lundi matin, avec respectivement un label important et un Groupe de télévisions…

Le rendez-vous avec Wagram, je vous en avais touché deux mots à la fin de mon dernier billet. C’était pour moi le rendez-vous le plus facile à obtenir, puisque je connais le gars en question depuis une vingtaine d’années. Il m’avait à l’époque fait signer chez le même Wagram. Je vous parle d’un temps où je voulais faire chanteur.

Pour les curieux qui voudraient se procurer l’album, je me nommais alors Patrick THOMAS. Cela dit, je doute qu’un seul exemplaire traîne encore sur le marché, dans la mesure où j’imagine mal un chanceux détenteur se séparer d’une telle rareté. J’en ai quelques exemplaires à la maison. Ils ne seront mis en vente que si des circonstances exceptionnelles — style faillite de la banque de France, catastrophe nationale massive… — un jour exigent des ressources financières hors de proportion avec les recettes répondant habituellement aux causes de charité publique.

Rendez-vous cordial, donc, chez Wagram. Très cordial. Il a écouté silencieusement les treize titres, en a d’emblée distingué trois qui lui semblèrent sortir du lot à sa toute première écoute, et m’a félicité pour la qualité globale du boulot. J’étais venu avec une bio, un jeu de textes et deux photos de Lionel. Celle où il resserre son nœud en semblant découvrir qu’il a oublié ses pompes, et celle où il enfile sa veste comme un type obligé de se tirer sans demander son reste pour des raisons qu’on cherchera pas à savoir mais qui pourraient se retrouver dans du Feydeau.

Pas facile du tout d’écouter treize titres sans se lasser devant quelqu’un qui vous regarde. J’ai déjà été dans cette situation et je sais d’expérience qu’elle peut être pénible. C’est pourquoi je prépare toujours un jeu de textes. Ça donne au moins du papier et des mots sur quoi poser le regard et éventuellement le promener pendant que les oreilles se laisse aller à une écoute flottante, la meilleure qui soit pour juger de l’efficacité d’un titre.

Il a gardé tout le dossier, prévu d’en parler avec l’équipe artistique de Wagram, et promis qu’il viendrait prochainement voir Lionel au Darius Milhaud.

L’autre rendez-vous, celui de ce lundi matin, était beaucoup plus improbable. Il concernait un grand Groupe de télés. Je ne peux pour le moment vous en dire plus sur l’identité du Groupe ; vous comprendrez certainement pourquoi, dans la mesure où ce blog étant très lu, je ne veux rien compromettre d’une démarche qui ne fait que commencer et dont je compte bien vous décrire le pas à pas jusqu’à son terme, quel qu’il sera.

Dans le métro, 9 h ce matin, ça commence mal. Impossible d’ouvrir le cartable qui me sert de sac. Le fermoir est bloqué. Il avait montré des signes inquiétants depuis une quinzaine ; là il est coincé pour de bon, et assez vite je n’envisage pas d’autres solutions que d’arriver dans le bureau de mon rendez-vous avec la grotesque nécessité de d’abord demander un démonte-pneu ou tout au moins un couteau à huîtres !

C'est pour m’éviter cette humiliation, et après des manipulations plus ou moins faciles dans un wagon bondé, que je décide une action radicale : j’arrache le fermoir d’un coup sec et déterminé. Des voyageurs me regardent, se regardent, essaient de se pousser comme ils peuvent, histoire de pas trop se frotter au barge… Moi déjà j’envisage le moyen de porter le sac sans trop qu’on remarque la chose.

J’arrive dans le hall avec quinze minutes d’avance qui vont finalement me servir quand je vais me retrouver coincé au deuxième étage dans un ascenseur éteint et immobilisé portes closes. Car je vais me retrouver coincé, moi aussi, comme le fermoir !! À trois étages de mon rendez-vous, coincé dans l’ascenseur ! Et pas la peine d’escompter un réveil pour mettre fin au cauchemar, je dors pas ! C’est la réalité plus vraie que vraie !!

Pour la première fois de ma vie, après avoir appuyé sur tout ce que je pouvais, j’ai appuyé sur le bouton « ALARME ». Pour la première fois de ma vie, j’appuie sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur. C’est pas l’envie qui m’en avait manqué jusqu’à maintenant, remarquez bien ; comme vous, j’imagine ; on a tous, si on est normal, eu un jour l’envie d’appuyer sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur ; comme ça, juste histoire de voir ce qui se passe quand on appuie sur ce gros bitoniau. Genre de truc qu’on fait jamais, en fait. Sauf quand on est en panne dans un ascenseur…

J’ai appuyé.

Je m’attendais à un bruit énorme de sirène, l’immeuble évacué dans le doute, des pompiers venant jusqu’à moi par descente en rappel, une voix douce de Samu me calmant au porte-voix pour m'éviter in extremis une crise d’asthme, et une vague rumeur d’hélicoptères au loin… Rien ! Pas un bruit, pas un mouvement, pas un son, rien. J’en étais à chercher des trous, des fissures par où respirer quand l’air viendrait fatalement à manquer ; et tout à coup l’ascenseur est descendu pour s’ouvrir au rez-de-chaussée devant trois personnes absolument stupides, pas du tout inquiètes, visiblement inconscientes de ce que j’étais tout juste rescapé d’une situation hautement catastrophique. Je me suis traîné, essayant de reprendre une contenance vaguement normale, jusqu’au hall de l’accueil pas loin, d’où me regardait la femme :

— « L’ascenseur » j’ai réussi à articuler, le regard sûrement dilaté par le drame entrevu, « l’ascenseur »…

— Quoi, « l’ascenseur », monsieur ?

— Il est en panne…

— Votre badge ne marche pas ?

— Quel badge ??

— Tout à l’heure, je vous ai donné un badge, en échange de votre carte d'identité…

— Hein ?… Oui… je sais pas…

— Mais si, vous l’avez mis là dans votre poche…

— Oui bon d’accord, et alors…

— Eh ben faut le mettre dans la fente, le badge !! C’est ça qui fait marcher l’ascenseur !!!

Je suis sûr qu’elle a fait exprès de gueuler ça dans le hall. Histoire de bien m’humilier. J’étais dans le centre hypersophistiqué d’un grand groupe de télés, avec marbre par terre et moquette aux plafonds, à deux secondes d’un rendez-vous historique si ça se trouve, et à cause de cette méchante je me retrouvais entouré de regards hautains avec l’air de débarquer du marché aux bestiaux de Saumur-en-Vexin. C’est vexant.

Je reprends l’ascenseur jusqu’au cinquième, le temps de me rafistoler un ego présentable, et j’arrive à l’heure.

Le reste est un enchantement. Le gars, très sympa, écoute trois chansons de Lionel (« Le gros camion », « Y a des jours », et « Toutes les hommes sont belles »), et il est surpris de ce qu’il entend. Il trouve Lionel « très bon », « très actuel », correspondant tout à fait « à l’image et à l’esprit » de la maison où on se trouve, et avec « une tête qui devrait plaire sans problèmes ».

Là-dessus il me propose d’appeler de sa part quelques directeurs artistiques ou patrons de Labels. Il compte aussi venir voir Lionel chanter au Darius Milhaud, certainement courant avril. Et il me dit que si nous trouvons une signature en major, très certainement il s’engagera avec le Groupe…

J’ai commencé dès cet après-midi à prendre les contacts qu’il m’a un par un conseillés.

Je vous dirai la suite au fur et à mesure.

Oh ! J'allais oublier : cette semaine dernière, vous avez battu votre record depuis la création de ce blog ; vous avez été 618 à venir nous rendre visite !!!

Quand il l’a su, Lionel en a été tout ému.

MERCI.

Quentin

Consulter les autres billets: 1 2 3 >>