Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais le public de Lionel Langlais...

Si je vous disais le public de Lionel Langlais… il faudrait que je vous précise d’emblée qu’il s’agit du public imaginaire de Lionel Langlais. Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas, mais simplement qu’il existe dans la tête de Lionel Langlais, à supposer que l’imagination soit localisée dans la tête, ce qu’après tout aucun neuroscientifique ou micro-chirurgien n’a jamais su nous prouver.

Je pourrais vous dire la même chose du public de Cabrel ou de Renaud. Non pas que le public de Cabrel ou de Renaud soit dans la tête de Lionel Langlais, ah ça non, mais simplement que Cabrel et Renaud ont eux aussi un public imaginaire.

D’ailleurs, et c’est le fond de ma pensée, je crois que le vrai public d’un artiste est toujours imaginaire.

Les comiques les plus grands sont ici très exemplaires. Tous ils ont dans leur enfance un univers pas drôle et une maman soucieuse, vaguement dépressive, qu’ils se sont efforcés de distraire, de soustraire à sa mélancolie. Et cette fonction inconsciemment assumée au départ va leur devenir une vocation de comique. Et plus tard, souvent même jusqu’à la fin de leur vie, plus les problèmes de l’époque susciteront en eux les forces qu’ils avaient trouvées pour dérider leur mère, plus ils seront génialement comiques…

Il est très intéressant de savoir pour qui chante un chanteur au fond, je veux dire quel est son public imaginaire… Et les chanteurs eux-mêmes feraient mieux de s’en soucier. Car il arrive, et c’est souvent le cas, que le public imaginaire du chanteur ne coïncide pas du tout avec son public réel, celui qui achète ses places et ses disques. La situation de l’artiste est alors difficile : le succès est au rendez-vous, quelquefois même il est éclatant, incontestable, mais pourtant quelque chose cloche… quelque chose que souvent l’artiste et son entourage n’identifient même pas… et c’est quelque chose qui leur pourrit gravement la vie… Ils vont alors immanquablement tenter de se réfugier davantage dans leur imaginaire, se couper des autres, et forcément en devenir irascibles, insupportables…

On n’en est pas là avec Lionel, vous me direz. N’empêche que, le plus souvent sans le lui dire, je me préoccupe beaucoup de savoir pour qui il chante vraiment. Après tout, comme c’est la fonction première de l’artiste que de changer le réel avec son imaginaire - et non pas de le fuir - alors oui, je compte bien que Lionel un jour ou l’autre saura remplir les salles avec le public qu’il a dans la tête.

C’est un public populaire, qui se paie pas de mots et qui triche pas avec ses émotions.

A ce propos, il y a une anecdote que j’ai quelquefois racontée à Lionel, et qui est pour moi très significative de ce que vit un artiste accompli, je veux dire qui ne souffre pas du tout d’un décalage entre son public imaginaire et son public réel.

Il s’agit de Bruel. J’avais à l’époque été invité à venir le voir parce que j’écrivais pour Judith Bérard, une chanteuse québécoise qui assurait sa première partie. Dans la loge de Judith, quand Bruel est venu nous voir à la toute fin de la soirée, je lui ai fait part d’une scène que j’avais trouvée très touchante : dans la salle du Zénith, pendant les rappels, une femme d’une quarantaine d’années, qui se trouvait là, pas loin, adossée à un pilier, pleurait doucement. Sur ces mots, j’ai instantanément vu les yeux de Bruel se brouiller de larmes. Il m’a remercié de lui avoir dit ça, et m’a confié « pour moi aussi, c’est très dur de les quitter… »

J’ai beaucoup aimé ça.

Lionel est encore très très loin de remplir des Zénith… Mais il est déjà tout à fait capable de se fâcher si vous laissez traîner ici ou là à sa portée d’oreilles une réflexion désobligeante sur SON public…

J’aime beaucoup ça.

A la semaine prochaine !

Quentin

Si je vous disais ce qui se prépare...

Si je vous disais ce qui se prépare, je serais tout proche de l’indiscrétion, c’est sûr, mais, plus grave encore, je risquerais une imprudence, un excès de vitesse…

C’est qu’il s’agit de ne pas aller trop vite. Ni d’ailleurs trop lentement. Être dans le tempo, c’est la sagesse. Attendre le bon moment. Les anciens, les très anciens, nommaient le bon moment le kairos, le moment propice.

J’ai quelques jours d’avance sur le kairos, on va dire. Lionel ne m’en voudra pas, je pense. Enfin, à condition que je ne vous dise pas tout, non plus. Dans ce cas, je me demande si ce ne serait pas, en plus d’une imprudence, une sorte de délit d’initié…

Je peux vous dire au moins, sans risque de me tromper et sans rien du tout compromettre, que tous ceux d’entre vous qui figurent sur le fichier « public » de Lionel vont recevoir de Lionel, dans les jours qui viennent, à mon avis début de semaine prochaine au plus tard, un mail… un mail qui leur annoncera quelque chose… quelque chose qui sera comme une offre…

Admettons, par exemple, que Lionel décide de construire… une maison… un lieu où il serait chez lui… Par exemple, il se lève un matin et se dit tiens si je bâtissais une maison… pour y vivre…

Mais non ! Je ne suis pas du tout en train de vous dire que Lionel a l’intention de se faire construire une baraque pour y habiter avec vous ! Il habite un appartement, un petit appartement, il y est locataire, s’y trouve bien, et n’a pas l’intention de changer quoi que soit à ça !

La maison, c’est une métaphore ! Et quand je dis que Lionel aimerait y vivre, je veux dire y vivre à sa manière… en chansons… évidemment… Que ceux d’entre vous qui ont des oreilles entendent et l’expliquent aux autres, ce serait bien aimable pour les autres et pour moi…

Donc, un matin, il se dit tiens je vais bâtir une maison de chansons… De là, forcément il se dit que l’idéal ce serait quand même que la maison elle appartienne aussi à son public… Forcément il se dit ça, parce qu’il n’a pas du tout le goût de la « propriété moi-je »… Et partant de là, l’idée se développe toute seule d’une maison collective où du public à Lionel pourrait décider au moment de la construction d’apporter une pierre, ou une fenêtre, une poignée de porte, un mur, un clou, une charpente, un tiroir, un escalier, enfin ce qu’on voudra et comme on pourra… hein ? des ardoises et des tuiles ? Non, dans les maisons métaphoriques, les ardoises et les tuiles, c’est pas utile.

Anxieux comme je vous connais, vous devez sûrement vous demander si vous allez ou non recevoir le susdit mail de Lionel. Autrement dit, si vous figurez sur sa liste « public ».

Pas de panique, n’allez pas encore une fois verser dans l’hystérie, l’agressivité ou la déprime, tout est sous contrôle, rien n’est à craindre à l’horizon, je reste sur le pont, et de toute façon vous savez bien que je vous dis tout.

Si chaque semaine vous recevez le mail vous prévenant de la parution de mon billet sur ce blog, alors vous pouvez fièrement vous vanter de figurer au « fichier public de Lionel Langlais ». Vous y êtes environ 250.

Que les autres nullement ne s’alarment et veuillent bien réfléchir avant : pourquoi Lionel chercherait-il lui-même à restreindre son public en limitant l’accès à son fichier ?

Mais, me demanderez-vous certainement, peut-on figurer dans le fichier public si on n’a jamais vu, de nos yeux vu, Lionel Langlais en spectacle ?

La réponse est………………………………. OUI !

Pour figurer dans le fichier public il suffit de le demander. C’est tout.

Même si votre motivation est des plus louches (je pense à cet artiste dit « de la nouvelle scène » et récemment démasqué, qui anonymement et sous-couvert d’un pseudo ridicule figure encore au fichier, certainement dans le seul but d’espionner incognito et jour à jour la progression de Lionel), même si votre motivation est des plus louches, disais-je, il vous suffit de répondre à ce billet pour demander et obtenir votre inscription.

Là, d’un coup, je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de ce que ça veut dire « le public », pour Lionel… Je ne suis pas bien sûr…

Justement, j’avais l’intention de vous en parler un jour ou l’autre. Finalement, ce sera la semaine prochaine.

D’ici là, portez-vous bien.

Quentin

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais...

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais… vous seriez persuadés que je vous invente une gentille histoire, vaguement allégorique, une sorte de parabole à seule fin de promouvoir la ténacité invraisemblable, presque comique, du bonhomme Langlais.

D’autant que personne autour de lui, jamais, n’a entendu parler de cette histoire de mobylette ! Même pas ses tout proches ! Que moi ! Et encore, il n’y a pas longtemps que je suis dans cette confidence-là. A peine quinze jours. Avant, Lionel était le seul à savoir ça. Enfin lui et son voleur, bien sûr…

Ah ben oui, dans la parabole il y a aussi un voleur. Lionel, sa mobylette, et son voleur, ce serait le titre de la parabole.

Au début, il faut juste imaginer une fin d’après-midi et Lionel à dix-sept ans assis sur une mobylette orange et noire, un casque sur la tête. Sa mobylette, c’est pas rien. C’est l’une des choses les plus essentielles pour lui à cette époque-là. Il ne peut concevoir l’idée même qu’on puisse l’en séparer. C’est de l’ordre de l’impensable. Sa mobylette, c’est… tout !

Et qu’on n’aille pas imaginer une perversion sexuelle ou un complexe affectif mal résolu. On serait loin du compte.

L’explication vraie est beaucoup plus déroutante, et de loin : Lionel est apprenti-électricien, il habite à Louviers, son lieu d’apprentissage est à plusieurs kilomètres de là, pas loin du Val de Reuil ; sa mobylette, c’est pas un jeu d’ado boutonneux, ou un truc à frime débile, c’est comme qui dirait son moyen de locomotion indispensable pour pas être en retard au boulot le matin !!

Ne doutons pas qu’un jour - Lionel enfin parvenu à la notoriété qui l’attend - dans une Sorbonne quelconque un thésard, ou dans un CNRS un chercheur pas mécontent d’avoir enfin trouvé un motif original de dépenser utilement notre pognon, creusera ce mystère jusqu’à un fond d’où l’on pourra par en-dessous apprécier autrement l’œuvre de l’artiste.

En gros, en très gros, dans sa tête à lui de l’époque, imaginer qu’on lui pique sa mob, c’est à peu près aussi impossible que pour un parisien d’imaginer qu’on lui pique son métro…

Ce jour-là à Louviers, en fin d’après-midi assis sur sa mobylette, Lionel voit d’un coup débouler sur lui un gars qui l’attrape, le déboulonne de là, lui donne des coups de poing sur le casque et lui pique sa mobylette.

Lionel est totalement paniqué, il ne s’est jamais battu encore, il ne sait pas se défendre, s’en trouve totalement incapable, mais s’accroche comme inconsciemment à sa mobylette. L’autre accélère, zigzague, essaie par tous les moyens de se débarrasser de son cinglé, et croit sûrement y être parvenu au moment où la mobylette se stabilise. Mais pas du tout. C’est simplement que le maboul agrippé à la selle s’est assis sur le porte-bagage.

Une heure durant, le voleur va trimbaler son volé dans Louviers. Il va tout faire pour le désarçonner : monter sur les trottoirs, en descendre, frôler des voitures, des arbres, griller des feux… Une heure durant Lionel va être terrifié, littéralement mort de trouille, mais ne lâchera pas sa bécane à moteur, son outil, son bien, son seul bien, sa mobylette.

Chose incroyable, presque plus incroyable encore : le voleur va finir par s’en amuser plutôt gentiment. Sans doute trouvant lui-même la situation invraissemblable, il va aller voir ses potes pour leur montrer ce gars derrière qui s’accroche … Tout le monde rigole, et le manège reprend. Une heure durant.

A la fin, comme plus amusé du tout, et la mob bien fatiguée, crevée d’un pneu, le voleur va capituler. Mais d’abord, comme par respect, il s’arrête à une station-essence, fait le plein, et laisse Lionel sur son engin en lui disant d’un ton sympa : « tu vois, je te l’ai pas cassée, ta mobylette… »

Il me faut bien sûr vous dire la vérité jusqu’au bout : lorsqu’il y a quinze jours Lionel me raconte cette histoire, c’est un aveu qu’il fait. Il est grave, il me parle d’une lâcheté, d’un acte dont il n’est pas fier ; j’ai un peu peur, j’ai l’impression qu’il va m’avouer une de ces bassesses qui vous dégoûtent quand on vous les dit, au point que vous en fermez les yeux comme pour détourner votre regard…

Il est très surpris de me voir rire, vraiment rire, à la fin de son histoire. Il est encore tellement marqué par la trouille du moment, qu’il ne voit toujours pas la force de son obstination et la beauté de sa cause. Il a du mal à me croire quand je lui dis qu’à l’évidence son voleur lui-même semble avoir été épaté par ce gars qui ne lâche pas…

Deux ans avant qu’il meure, j’avais eu une occasion de parler un peu avec Ferré. Il m’avait raconté ses débuts au cabaret et ceux qui comme lui débutaient. Il avait fini en me disant : « quand on me demande, c’est quoi le talent, je réponds c’est quand on s’arrête jamais »

Ce serait aujourd’hui à refaire, je dirais à Ferré : « pour moi le talent, c’est quand on lâche pas la mobylette… »

A la semaine prochaine

Quentin

Si je vous disais l'affiche de Lionel...

Si je vous disais l’affiche de Lionel il faudrait d’abord que je vous présente Michaël Bauswein…

Michaël Bauswein peut prétendre sans mentir être de ceux qui ont vu Lionel Langlais au début de ses débuts.

Je ne parle pas, certes, des débuts débutants du début. Comme par exemple ce jour où, dans un endroit parisien dénommé L’Etage, Lionel a dû pour la première fois enchaîner 4 chansons en public. Je me souviens qu’il s’était assis sur un tabouret de bar. Parce qu’il ne pensait pas pouvoir tenir debout. Dés le départ il se mit à trembler tellement que j’ai cru que je devais consulter un ophtalmo. Heureusement, pendant la deuxième chanson, une bagarre a éclaté dans le fond de la salle entre des reggaemen et des serveurs. L’attention des gens a pu ainsi être détournée et Lionel passer inaperçu. Je l’ai récupéré après sa prestation, totalement hébété, comme un accidenté errant sur le bord d’une route après une série de six tonneaux. Il n’avait pas du tout entendu la bagarre et cherchait d’un regard dilaté un verre d’eau. L’eau bue, il voulut s’assurer que j’allais bien continuer à travailler avec lui et il me fallut deux bonnes heures pour commencer à le rassurer au moins là-dessus.

Ceux qui connaissent Lionel aujourd’hui sur scène doivent se dire que je parle là d’un temps que les moins de cinq ans ne peuvent pas connaître. Ils ont tort. L’anecdote a deux ans et demi. Pas plus.

Je ne vois qu’une chose que les puristes les plus rigoureux pourraient m’objecter s’il leur prenait l’envie de finasser, histoire de me chercher gentiment des noises : à proprement parler je viens de vous décrire les débuts de Romain Thomas. Car, confidence pour confidence, à l’époque Lionel Langlais s’appelait Romain Thomas… mais chut je vous ai rien dit.

Lionel n’a pas du tout souhaité renouveler cette première expérience pour lui désastreuse. Il n’était pas question de revivre ça. Je le lui ai promis et nous avons alors commencé à travailler.

Guillaume embarqué dans l'aventure, nous avons décidé de trouver un tout petit lieu. Ce fut l’Orade ; difficile à décrire ; une petite boutique blanche, qui se voulait salon de thé, et qui n’avait aucun client… Derrière la boutique, je vous le donne en mille : une arrière-boutique. Des chaises, un piano. On a décidé que le dimanche après-midi Lionel et Guillaume pourraient ici rôder le spectacle.

Il n’y avait jamais plus de quatre ou cinq personnes. Des amis proches. De temps à autres des amis d’amis. Et puis grâce à la page myspace des gens sont venus, comme ça, pour voir, pour confirmer ou non l’impression qu’ils avaient eue en écoutant sur Internet.

C’est à ce moment de l’histoire que Michaël Bauswein arrive. C’est donc un dimanche après-midi, à l’Orade. Il fait très froid, il pleut, il a vraiment hésité à sortir de chez lui, mais il est là, dans le public. On est moins de dix. Michaël est venu parce qu’il a aimé ce qu’il a entendu sur myspace. Il découvre Lionel et Guillaume en vrai, éclairés à la bougie (mais si !!) et sans sono du tout.

Michaël ressort de là enchanté et nous faisons connaissance.

C’est plus tard que nous apprendrons que Michaël est photographe dans l’âme et qu’alors Lionel lui demandera si par hasard il n’aurait pas une idée pour une affiche…

Nous avons déjà une affiche, d’ailleurs. Qui ne nous déplaît pas. Mais Lionel la trouve trop lisse, trop classique, trop… trop ! Et puis, surtout, il a envie de travailler avec Michaël.

On va se retrouver dans un studio de photo, Guillaume et Lionel en tenue de scène.

Michaël mitraille sans trop diriger au départ puis, des idées lui venant, vagues, il commence à parler beaucoup, à raconter des histoires, pour faire rire Lionel, ou le provoquer, lui amener des mimiques si possibles imprévues, en tout cas naturelles. Allez savoir pourquoi, il décide un moment de lui mouiller les cheveux au vaporisateur et de le mettre à la direction d’un orchestre imaginaire. Petit à petit Lionel va devoir diriger un orchestre de plus en plus récalcitrant et finir par s’imposer. C’est comme ça que Michaël va obtenir des clichés d’un Lionel assez agressif, pas si gentil que ça et aux poings serrés.

C’est pendant une pause, observant les différentes têtes de Lionel, que je dis : « tiens, c’est drôle, là on a l’impression qu’il vient de faire un sale coup, une connerie… comme s’il avait cassé l’archet de Guillaume… »

Michaël demande à voir… et très vite nous assure qu’il saura se débrouiller et fabriquer de toute pièce par l’image un archet brisé en deux bouts insérés dans les poings de Lionel.

Il y a encore aujourd’hui des partisans de la toute première affiche. Qui ne reconnaissent pas Lionel dans ce gars pas gentil capable de casser l’archet de Guillaume. Il y a aussi ceux, d’ailleurs assez nombreux, qui trouvent que l’affiche donne l’impression d’un spectacle de magie…

Tout le monde en tout cas, même ceux qui préfèrent la première, jugent la deuxième plus singulière, plus originale, plus efficace.



Michaël est aujourd’hui un ami. Il ne le sait pas encore mais je le tiens pour l’un des êtres les plus singuliers qu’il m’ait été donné de rencontrer dans ma vie. Il me semble n’avoir jamais connu quelqu’un d’aussi curieux de tout, d’aussi attentif aux autres et de si véritablement gentil. Et d’un humour auquel je ne résiste pas. N'hésitez pas à vous rendre sur son site, il y expose des photos et un livre par ailleurs édité http://www.michael-bauswein.fr/

Dernière confidence sur l'affiche : Guillaume aime jouer sans chaussures ; les observateurs l’auront sûrement remarqué : il lui arrive d’accompagner Lionel en chaussettes. Mais Guillaume a les pieds nus sur l’affiche. Lionel aussi d’ailleurs, même si ça ne se voit pas. Je me dois de vous dire que nous avons un temps pensé que Guillaume pourrait être complètement nu sur cette affiche, son intimité seulement camouflée par son violoncelle. C’est au restaurant que nous lui avons fait part de cette trouvaille. Sa réaction nous a définitivement dissuadés d’y penser plus longtemps et c’est pourquoi seuls ses pieds sont nus !



Par contre, on ne sait toujours pas qui qu'a fait ça sur la tête à Guillaume...

Bonne semaine !

Quentin

Si je vous disais que nous avons dîné avec Martin Dages...

Si je vous disais que lundi soir on a dîné avec Martin Dages, certains d’entre vous s’imagineraient immédiatement que je viens de vous donner le nom du guitariste du prochain album de Lionel.

Puisqu’on en parle, je tiens à remercier ici les nombreux soutiens reçus, qui m’ont permis de ne pas céder aux multiples pressions visant de toute part à me désarçonner du principe sur lequel j’ai traversé tête haute et regard droit, comme à cheval, cette longue, trop longue semaine.

Je ne veux rien dire des tentatives de certains qui prétextant d’une proximité avec Lionel se sont misérablement fourvoyés à réclamer un privilège que précisément l’amitié de Lionel leur refuse.

Soyons clairs, et certains commentaires laissés ici publiquement en attestent : des menaces, quelquefois graves, ont été proférées, des chantages affectifs dont j’ai tenté de protéger Lionel tant que j’ai pu, et ce jusqu’à une tentative de suicide en pleine nuit par ingestion massive de petits suisses et de pépins de raisin !!

Tout ça pour quoi ? demanderont éberlués ceux qui n’ont rien suivi des précédentes semaines et que le hasard du Net aura pu égarer par ici, et que donc je salue au passage en les priant toutefois de bien vouloir s’asseoir et d’éviter de m’interrompre.

Eh bien tout ça, chers visiteurs, pour avoir, pour posséder, avant tout le monde, le nom d’un guitariste ! Nom que je m’étais engagé à livrer publiquement aujourd’hui et ici même dans le souci premier de ne justement pas créer de discorde parmi les amis de Lionel ou de désagréable sentiment de favoritisme dans le cœur exigeant et magnanime de son public.

Tout ça me rappelle la pagaille provoquée par la livraison du dernier album de Brel. Afin d’éviter toute spéculation et toute dissonance dans son plan de com, Barclay le producteur avait décidé de livrer le disque dans des caisses en plomb munies d’une ouverture codée. Des coffres-forts en somme. Tel jour à heure dite, midi pile, chaque disquaire reçut par téléphone le code et put ainsi procéder à l’ouverture de son coffre. Le tapage fut tel qu’on jugea le coup de marketing réussi au-delà de tout ce qu’on avait jusque-là imaginé pour la sortie d’un disque, mais aussi totalement indigne de l’artiste Brel.

Pourtant je suis sûr que les spirites pouvant encore demander son avis au défunt Barclay continueront de l’entendre dire outre-tombe son incompréhension et sa bonne foi.

Que les spirites en profitent pour le saluer de ma part et lui dire qu’il a eu bien de la chance dans son épreuve, puisqu’à quelques générations près il aurait pu devoir préparer la sortie du premier album de Lionel Langlais, affaire autrement délicate à gérer si j’en juge à ce qu’a provoqué d’hystérie la simple annonce de l’annonce du nom de son guitariste !!!

Je crains qu’en janvier prochain le coup des caisses en plomb ne se révèle aussi désuet qu’une massue préhistorique dans un foyer moderne.

On a cité Brel, justement, lundi, au cours de ce dîner avec Martin Dages dont je vous parlais en commençant.

Martin Dages est un artiste, chanteur, auteur, compositeur. Que Lionel aime beaucoup. Que vous pouvez aller écouter sur sa page myspace (http://www.myspace.com/martindagessongs) mais surtout qu’il faut aller voir quand il se produit sur scène. Parole de Quentin.

Comme vous, je me suis demandé au début du repas si par hasard le rendez-vous dans un restaurant n’était pas un moyen pour Martin de profiter de la faiblesse de Lionel face à une côte de bœuf, pour tenter de lui extorquer avant tout le monde le nom du guitariste.

Mais non, rien de tout ça. La classe, Martin. Pas un mot du guitariste. En revanche, l’album, oui, on en a parlé.

Martin expliqua à Lionel qu’à son avis il faut différemment chanter selon qu’on est sur scène ou dans un studio. Il lui fit remarquer à ce propos que Lionel avait tendance sur scène à privilégier le texte à la musique. Lionel fit répéter. Martin confirma qu’à son avis Lionel gommait quelque peu la mélodie, tout au moins quelques notes, pour renforcer son interprétation. Ce que quelqu’un comme Brel ne faisait pas. Brel, selon Martin, menait très loin son interprétation et sans pour autant changer la mélodie. Sur ce Martin conseilla à Lionel de se méfier, en studio, de sa tendance à écraser les mélos, car alors la musicalité de l’album risquerait d’en souffrir.

Sur ces mots Lionel stoppa une cuillerée de dessert à deux centimètres de ses lèvres pourtant entr’ouvertes. Signe incontestable que pour lui l’heure était grave. Il jeta un œil sur moi. L’œil me demanda si j’approuvais l’analyse et le conseil de Martin. J’approuvais.

Lionel reposa dans son assiette sa cuillère encore chargée, s’appuya des deux coudes sur la table, s’avança d’un rien des épaules et demanda à Martin de bien vouloir, si c’était possible, expliciter mieux son propos.

Un peu dans la situation de Serrault sous le regard de Ventura dans Garde à Vue, Martin, qui avait été clair, répéta sans se déballonner du tout et quasiment au mot près.

Moi je me disais que je tenais là un grand moment. Et que plus tard, dans vingt ans, on m’écouterait religieusement quand je raconterai ça, Martin Dages et Lionel Langlais à leurs débuts causant musicalité et interprétation.

Je suis d’accord avec Martin. Lionel le sait. Oui, il faudra repenser l’interprétation des chansons. Chanter en studio et chanter sur scène, c’est comme jouer au cinéma ou jouer au théâtre. Ce sont des arts différents, et que le chanteur doit tous deux maîtriser.

A peine sorti du restau, Lionel commençait déjà à y réfléchir et se répétait comme parlant tout seul : « il a raison, Martin, merde il raison ! ».

Moi ? Tranquille. Aussi tranquille que quand je pêchais gamin sur le bord du canal et que je bougeais pas d’un pouce.

D’abord je sais qu’il aura le talent d’être prêt au moment voulu, et puis bon, avec Guillaume Bongiraud au violoncelle et Simon Strauss à la guitare, tout le monde l’entendra, la musicalité de l’album ; tout le monde ; jusqu’aux feuilles des arbres…

Hein ? Le nom du ? guitariste ? Ah ben oui, c’est vrai, je viens de vous le dire… Comme quoi c’était pas la peine d’en faire toute une histoire…

Et tenez, confidence pour confidence, je vous donne même son adresse en prime : www.myspace.com/simonstrauss

Allez, des bises autour de vous et… à la semaine prochaine !

Quentin

P.S

Je vous ai rien dit de la finale régionale Zycmeup. Parce qu’il n’y avait rien à en dire. Enfin si peu… Lionel avait passé le premier tour avec « In extremis », il a tenté le deuxième avec « Ah la vie ! ». Il y a eu un problème avec le son. On entendait très mal la guitare et les paroles étaient un peu noyées dans une réverb excessive. Passons. Lionel ne l’a pas mal pris du tout. Mais simplement parce qu’il n’a pas eu le temps : à peine il était sorti de scène, il s’est aperçu qu’on lui avait piqué son portefeuille avec tous ses papiers, sa carte de crédit et son pognon. Et c’est grâce à son voleur qu’il s’est à peine aperçu qu’il avait loupé la finale. Vous n’êtes pas obligés de lui dire, non plus… Merci pour tous vos votes en tout cas, avec mentions spéciales à Stéphanie et Aurélien !

Si je vous disais que j'ai beaucoup pensé à vous hier soir

Si je vous disais que j’ai beaucoup pensé à vous hier soir…

J’étais avec Lionel et un guitariste. On dînait à l’Eléphant du Nil, un petit restau juste à côté du métro Saint-Paul. Au vrai, on n’avait pas vraiment prévu de manger mais - ça c’est un truc que doivent savoir ceux qui prétendent connaître Lionel Langlais - quand Lionel a faim…

Observez-le, tiens, quand il a faim : vous aurez une idée assez juste de ce qu’on appelle communément sans trop savoir ce que c’est, l’instinct de survie. Et je vous parle pas du tout d’une grosse faim, chose impossible à concevoir avec lui. Lionel, avec une grosse faim et rien à bouffer dans les parages… un conseil : restez pas seul avec lui, regardez droit devant vous et courez !

Guillaume pouvait pas être là, mais ils se connaissent, le guitariste et lui. D’ailleurs, ça c’est une autre histoire qu’il faudra que je vous raconte un de ces jours.

Ceux qui étaient au Nesle le 18 mai l’ont peut-être aperçu, le guitariste en question. Pas très grand, assis tout au fond, à côté de moi. Non pas celui-là, l’autre à ma droite. Oui, le gars avec les yeux qui brillent même dans le noir, c’est lui, c’est le guitariste. Et un fameux. Et c’est bien pour ça qu’on a pensé à lui pour l’album…

Du coup, ça y est, vous voilà dans la confidence : on vous prépare un album !!

Oui ! Un album ! Un disque ! Un CD ! Je rigole pas ! Hier ça parlait que de ça au restau ! Il est question de vous le faire tout prêt tout chaud pour janvier ! On entrerait en studio en octobre… C’est que ça devient séreux ! J’ai même entendu parler de « rétro planning » ! Vous imaginez l’affaire que c’est ?!

Inutile de vous dire que je vous en reparlerai souvent. Lionel le sait. D’ailleurs, c’est marrant, maintenant ça arrive qu’en pleine conversation il se coupe et me fasse : « tiens, tu leur diras ça, hein ? ». Généralement je réponds pas, je note… Hier en sortant du restau il était tellement content qu’il a voulu qu’on marche un bon bout. « Tu vas leur dire, hein ? », il m’a fait en déboulant place de la Bastille.

Voilà c’est fait, je vous l’ai dit.

Au fait, si je ne vous donne pas encore le nom du guitariste - le prenez pas mal - c’est juste parce que ce serait plus une indiscrétion qu’une confidence. Il faudrait au moins qu’avant je lui parle de ce blog, de vous, de vous et moi, que je lui demande comme qui dirait une autorisation de principe, et j’ai complètement oublié. Il sera évidemment d’accord, vous me direz. Evidemment. Il a pas de raison de se planquer non plus, faut pas déconner, guitariste de Lionel Langlais, y a pas de honte, y a pire comme destin. Bon, me faites pas dérailler… c’est pas du tout la question, c’est juste affaire de courtoisie je vous dis. De toute façon, réfléchissez, vous le saurez tôt ou tard son nom et, vous me connaissez : si ça se trouve, pas plus tard que la semaine prochaine…

Quentin

Si je vous disais Guillaume...

Guillaume Bongiraud

Si je vous disais Guillaume… je commencerais par son calme. Pas un geste plus haut que l’autre. Pas une parole dépassant la mesure. Presque de l’indolence. Mais, trompeuse, l’indolence ; sous la roche il y a anguille, vive, insaisissable.

Donc de l’eau ?… Oui, il est permis d’imaginer dessous la roche une eau en remous, où l’anguille serait à sa fête.

Vous me direz, c’est bien gentil tout ça, mais ça veut dire quoi ?

Justement je me posais la même question…

D’ailleurs, quand je pense à Guillaume, je me pose des questions. Et, comprenez ou pas, c’est ça que j’aime, chez lui : ça vous change de tous ces transparents qu’on voit venir de loin et qui viennent quand même…

Qu’il cherche un trait de violoncelle, son regard bleu éparpillé au plafond, qu’il boive son thé refroidi pendant la répétition, qu’il se dilate le nez en tirant l’archet, qu’il allume sa cigarette avec une gaucherie de non-fumeur, qu’il couve Lionel avec une bienveillance de grand frère ou le regarde avec l’amour du petit pour son aîné, je vois Guillaume et je me pose des questions.

Lui aussi, sans doute.

J’ai noté, par exemple, que j’avais plus que lui confiance dans ses jugements. Il se trouve très sévère, trop, beaucoup trop. En fait, il a le jugement très sûr et très rapide. Avant la poignée de mains, il a tranché. On pourrait dire qu’il est à la connerie ce que le détecteur de métaux est à l’or fin. Evidemment si les métaux étaient susceptibles, la quincaille trouverait le détecteur un peu dur dans son tri… En vérité, si t’es faux cul, bonimenteur, mesquin, frimeur, t’approche pas trop près de lui, et écarte d’emblée toute intention de devenir son ami. Si malgré tout l’intention persiste, va d’abord accorder tes violons.

Je connais une seule personne à ce point rapide et sûr dans ses jugements, et c’est… je vous le donne en mille… Lionel Langlais !

Confidence pour confidence, j’ai connu Guillaume avant d’avoir rencontré Lionel. Et - là je vous dis vraiment tout - c’est une des grandes fiertés de ma vie que d’avoir pu réunir ces deux-là.

Vous imaginez mieux maintenant, je suis sûr, mon secret amusement quand après les concerts vous essayez de me dire avec vos émotions encore toutes chaudes leur connivence sur scène…

Bon, vous me direz maintenant, c’est bien beau tout ça, mais il a pas de défauts, Guillaume Bongiraud ? Même pas un ?

Si, sûrement… Mais y a des gens, c’est comme ça, vous pourrez me dire ce que vous voudrez, à mes yeux ils sont intouchables. Brassens, j’ai entendu des trucs pas beaux des fois, sur son compte… Ni chaud, ni froid, ça m’a fait.

Pourquoi ?

Parce que !

Quentin

Si je vous disais comment répète Lionel Langlais...

Si je disais au public de Lionel Langlais comment il répète, est-ce qu’il verrait le spectacle autrement, le public de Lionel Langlais ?

Ce sera amusant de le savoir…

A proprement parler Lionel n’aime pas du tout répéter ; on peut même dire qu’il déteste ça.

Confidence pour confidence, la première fois où il m’a fait part de ses réticences, j’ai été tout à fait conforté dans l’idée que je me faisais déjà de lui : un être spontané qui n’aime pas le calcul et la tricherie. Et il a fallu que j’argumente beaucoup pour l’amener à travailler et donc à répéter.

Il faut dire que le mot « répéter » est plus que discutable ; en réalité, un artiste ne devrait jamais répéter ce qu’il fait, mais toujours faire du nouveau, et proposer chaque soir à son public un spectacle unique, qu’il ne répétera jamais…

Dans la chanson, il y a deux écoles : ceux qui ne s’autorisent que très peu d’improvisation sur scène, et ceux qui se lancent selon ce que leur dictent leurs humeurs et leurs états d’âme…

J’ai dû expliquer à Lionel que tous ceux que le métier et le public considèrent comme les « grands » font partie de la première école ; celle qui considère que l’art de l’artiste en scène consiste précisément à donner chaque soir au public un spectacle différent dans une forme identique ! D’ailleurs, qui comprendrait que l’acteur change le texte ou la mise en scène de la pièce au prétexte qu’il la joue tous les jours ? Dans le même esprit, Brel se refusait à « faire des rappels »…

Evidemment, je savais qu’en lui disant que les plus grands étaient capables de bosser pendant des heures sans rien perdre de leur spontanéité, il allait enfin se mettre à répéter et à bosser comme j’aime qu’on bosse quand on prétend se « donner en spectacle ».

Justement, on a répété hier après-midi. Rien que lui. Avec Guillaume, ce sera demain dimanche (Petite confidence en passant : Guillaume est un grand exemple pour Lionel. Et ce qu’il en dit sur scène, quant à la rigueur, c’est vrai ! Guillaume, quand il joue, a toujours l’air d’improviser, vous avez remarqué ? Et le plus fort, c’est que dans son solo, juste après « Mon frère humain », il improvise et personne s’en doute ! Mais, bon, je vous ai rien dit…).

Attention, ce que je vais vous dire là est ultra confidentiel !! Lionel a décidé que lundi, au Nesle, il allait vous dire un petit mot pendant sa chanson « Bientôt 30 ans »… Il a répété ça hier et… à un moment j’étais censé rire… et j’ai pas ri !!!! Catastrophe !... il est reparti à bosser… On doit se revoir tout à l’heure… J’espère que je vais me marrer, sinon je vous dis pas le week-end…

Bref, oui, Lionel bosse ! Beaucoup ! Et je suis ravi ! Comme quand je le vois cirer ses pompes avant de se présenter à vous !

J’aurais détesté m’occuper d’un artiste qui n’aurait pas en tout d’abord pensé à vous…

Vivement lundi

Quentin

PS : pour le concours lancé spontanément dans mon précédent billet, la réponse était… ah ben justement on en parlait : « Bientôt 30 ans » !

Si je vous disais la première fois...

Si je disais aux fans de Lionel Langlais que la première fois que je l’ai vu il avait les cheveux tondus, ils auraient du mal à me croire. C’est pourtant vrai. C’était sur une péniche amarrée en Seine. J’accompagnais un artiste que je coachais à l’époque. La patronne du lieu nous dit : « y’a là un gars qui voudrait chanter deux chansons ». Pas de problème. « mais il a pas de guitare… ». On va lui en prêter une. Il commence mal le gars, je me dis. Je le vois se pointer quelques instants plus tard. Il chante…

Non, désolé, je vais pas vous dire qu’il m’a collé d’emblée la baffe du siècle. D’abord, y avait pas que la guitare qu’était empruntée. Lui aussi. Et pas qu’un peu. Ca tremblait de partout. Il serait passé à la télé, j’aurais fait régler le poste. Ensuite, sur les deux chansons… y en n’a qu’une qui m’a accroché quelque chose dans l’oreille. D’ailleurs il la chante encore aujourd’hui sur scène (tiens, j’en profite pour ouvrir un concours : le premier, la première, qui me dit laquelle c’est, je lui fais avoir une place gratuite, et sur le devant, au prochain concert, parole de Lamotta).

Il n’empêche, et c’est là où il est balèze, le Lionel : il n’était pas question pour moi de quitter la péniche sans aller le voir. Je lui ai dit, je me souviens, que sur les deux, il avait une chanson sympa. J’aurais pu lui dire autre chose d’ailleurs, de se laisser pousser les cheveux par exemple, ou encore de prendre un guitariste s’il n’arrivait pas à se guérir de sa tremblote. Il a voulu savoir qui j’étais, je lui ai laissé une carte, et voilà. On s’est pas parlé cinq minutes.

Si vous êtes là, c’est que vous êtes pas cons, donc vous vous doutez : dans les quelques jours qui ont suivi, il m’a appelé… Et c’est là que j’ai compris. Très vite. D’ailleurs, c’est ma deuxième confidence aujourd’hui : il est pas rare de voir des artistes dès leur tout début sur scène capables de vous la jouer à l’esbroufe et de vous faire prendre leur vessie artistique pour une lanterne de music-hall, mais allez boire un pot avec eux, vous vous retrouvez vite avec des petites personnes boursouflées d’ambitions et de calculs à la virgule près. Le grand, la grande artiste, c’est jamais sur scène qu’on les remarque à leurs débuts, c’est dans la vie. Un grand, une grande artiste, c’est d’abord quelqu’un quelqu’une dont vous vous dites, dont vous sentez qu’ils portent quelque chose d’étrange… et c’est le bon mot… c’est étrange… ils ont quelque chose qui fait qu’ils nous sont un peu étrangers, et qu’on leur semble étrangers…

« C’est qui lui ? Il est lumineux ! » C’est souvent ce que m’ont dit des amis me croisant avec lui pour la première fois. Une lumière, c’est ça, son étrangeté à lui…

Parce que je suis dans son ombre, il a voulu absolument me laisser une place sur ce blog. J’ai dit d’accord, mais à une condition : je dis ce que je veux !

Ce que je veux, c’est vous faire des confidences. Chaque fois que j’aurai envie. Plusieurs fois par semaine peut-être. Par exemple, bientôt, si ça se trouve, je vous dirai ce que Lionel pense de Bénabar, si Lionel est de droite ou de gauche, s’il aime les brocolis, ce qu’Aznavour pense de lui…

Attention, ce sont des confidences que je vous fais là. Merci de ne pas les répéter. Pas à n’importe qui en tout cas.

Et, confidences pour confidences, vous pouvez vous aussi, je m’y engage, dire ici ce que vous pensez, faire des remarques, me poser des questions, j’y répondrai à ma façon.

Quentin
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