LIONEL LANGLAIS

Si je vous disais les chansons nouvelles…

Si je vous disais les chansons nouvelles…

Posted on 6 novembre 2012 |

Si je vous disais les chansons nouvelles de Lionel Langlais, ce serait d’abord pour vous annoncer qu’il les chantera toutes au Sentier des Halles, ce vendredi 23 novembre à 22H, à Paris.

Onze chansons qu’il mêlera à d’autres, huit autres, de son premier album.

L’artiste Lionel Langlais évolue. Je suis bien placé pour le savoir. Et c’est tout un art, l’évolution d’un artiste. Une comparaison avec le vin se bonifiant au fil des saisons serait pertinente. À la condition de bien considérer qu’il n’y a dans ce processus naturel rien d’automatique, de mécanique, de forcé. Ne racontons pas d’histoires : seuls les grands vins se bonifient, les autres tournent au vinaigre ; seuls les grands artistes n’ont rien à craindre du temps qui passe.

Parfois j’ai justement envie qu’il passe vite, le temps, beaucoup plus vite. Et qu’enfin tout le monde reconnaisse ce que je sais depuis le début. Et que vous verrez vous aussi, d’évidence, le 23 au Sentier.

Malgré les apparences, toutes contraires, je ne suis pas en train de faire la promo pour la date au Sentier, ni même d’essayer de vanter un artiste.

Très sincèrement — et je sais que je vais faire sérieusement grincer autour de moi — je ne pense pas que Lionel Langlais est réellement besoin d’une « promo ». En revanche, je pense que notre époque a profondément besoin de Lionel Langlais.

Et je vous le dis tout net : au fond, il n’y a que ça qui m’intéresse quand j’écris pour un artiste.

Pierre Delanoé, célèbre auteur de chansons, s’il ne s’empêcha pas d’écrire pour beaucoup d’artistes (Sardou, Lenorman, Fugain, Dassin etc…), pensait qu’un auteur doit avant tout trouver « son » interprète. Et il aimait dire qu’il avait eu la chance de rencontrer le sien très tôt en la personne de Bécaud.

En Lionel Langlais, j’ai eu la chance de rencontrer le mien assez tard. Et je ne peux que m’en réjouir. À 25 ans je ne l’aurais pas intéressé, Lionel Langlais. J’aurais voulu m’exprimer, défendre des idées, soutenir des opinions, épater des oreilles, écrire clinquant. Bref, je n’aurais pas vu Lionel Langlais. J’aurais juste perçu un très beau mec, plein d’entrain, souvent riant, d’une énergie à ras-bord et qui d’ailleurs déborde. J’aurais sans doute surtout vu en lui une opportunité à ne pas laisser passer. Et c’est justement ce qu’il n’aurait pas aimé, Lionel Langlais.

Il est tout sauf une opportunité, l’artiste. Il est une exigence, une nécessité, une force, un caractère, tout ce que vous voudrez, tout sauf une opportunité.

Et c’est à tel point que Lionel a quelquefois bien du mal, lui aussi, à porter Lionel Langlais. Car il m’a fallu patiemment lui apprendre cela, qui n’est pas simple et que je ne savais pas à 25 ans : il faut se mettre au service de l’artiste en soi quand on en a un, et non pas se prendre pour lui. François Silly avait en lui un artiste qui s’appela Gilbert Bécaud et il lui consacra sa vie ; Jean-Philippe Smet a découvert presque en même temps que son public qu’il devrait vivre dans l’ombre de Johnny Hallyday, comme Bruno Nicolini a dû se mettre au diapason du turbulent Bénabar et lui céder la place.

C’est une réalité qu’on ignore le plus souvent, et c’est une ignorance grave, dans la mesure où les artistes la paient toujours très cher. Les gens du cirque savent cela très bien. Les « clowns » en premier, qui apprennent dès leur début l’art de découvrir en eux, dans leur inconscient, celui qu’ils devront mettre en piste, copieusement maquillé, et dont ils ne seront que l’ombre porteuse.

Si je n’ai jamais considéré que j’étais à proprement parlé l’auteur de mes écrits, c’est que j’ai toujours senti, dans l’acte d’écrire, l’impulsion d’un autre en moi. Et toujours respecté sa haute sensibilité, ses choix, ses convictions. Car il en a. C’est lui qui a très tôt, bien avant moi, senti l’artiste Lionel Langlais dans le bonhomme Leboisselier.

Aujourd’hui que Lionel Leboisselier a bien compris qu’il n’était pas Lionel Langlais, maintenant que Lionel Langlais a pris sa place, une place énorme, dans l’existence de Lionel Leboisselier, il affiche hautement une intention claire de ne pas s’arrêter là. Il se mêle de la composition dorénavant. Et exige de mon auteur des textes à son exacte mesure.

Incontestablement, Lionel Langlais sait y faire avec mon auteur. Mieux que moi. À tel point qu’il lui arrache parfois des mots et des phrases qui me surprennent au moment où je les écris. Et qui sonnent en plus. On sait que Piaf disait des interprètes qu’ils doivent donner du talent à leurs auteurs. Lionel Langlais en donne. Et pas qu’à moi. À tous ceux qui l’entourent.

Je vais même vous réserver une confidence. Parmi les onze nouvelles chansons que Lionel chantera au Sentier, il en est une que je garderais si on me demandait d’en choisir une seule, depuis le temps que j’en écris. Elle s’appelle « J’fais tout comme ».

Je ne sais pas si elle lui apportera le succès. Ce serait fou de le prétendre. En tout cas elle a, comme chacune des nouvelles, mais en plus intense, un quelque chose qui nous a totalement échappé au moment de sa conception et qui devrait faire son œuvre en son temps.

J’ai vu souvent Lionel Langlais ces derniers mois, puisque je l’ai suivi dans sa tournée des kiosques parisiens de mai à octobre. Je ne compte plus les fois où des gens sont venus le voir après le spectacle pour le remercier d’exister, lui demander de tenir bon, de ne pas lâcher la rampe jusqu’au succès certain.

J’ai vu chaque fois aussi l’artiste après le concert regagner sa place et Lionel Leboisselier reprendre peu à peu la sienne, ranger son matériel et rentrer chez lui en se demandant déjà ce qu’il pourrait changer, améliorer dans son tour, pour s’y sentir totalement satisfait, et que l’autre y apparaisse au mieux de son art.

C’est ça, au fond, que les artistes, les vrais, ont à nous apprendre : c’est que nous avons tous en nous un autre, une autre, qui ne s’y retrouve pas tout à fait dans nos existences jour à jour. Et qui nous amène au spectacle, dans la seule intention de nous faire comprendre qu’il y a autre chose… autre chose de quoi vit cet autre en nous, inconscient… et qui nous manque…

Comme tous les grands artistes, Lionel Langlais est là pour combler ce manque.

Bon spectacle !

Quentin